La religion, opium du peuple
La religion est un bonheur illusoire, et pour la dépasser il faut changer la société qui en a besoin : la critique du ciel devient la critique de la terre.
La religion naît d'une société injuste où l'on place au ciel ce qui manque sur terre : elle console sans guérir.
« La religion, opium du peuple » est un argument de Karl Marx (Critique de la philosophie du droit de Hegel, Introduction (1844)) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : La religion est un bonheur illusoire, et pour la dépasser il faut changer la société qui en a besoin : la critique du ciel devient la critique de la terre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Marx ne cherche pas à prouver que Dieu n'existe pas : pour lui, Feuerbach l'a déjà montré, et « la critique de la religion est la condition de toute critique ». Sa question est autre : pourquoi les hommes ont-ils besoin de religion ? Nietzsche (Aurore, 95) raconte l'histoire d'une croyance pour la rendre inutile. Marx cherche ses causes dans la société : la misère et la domination. Et sa conclusion n'est pas seulement « n'y croyez plus » : c'est « changez le monde qui a besoin de cette consolation ».
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la religion est faite par les hommes, née de leur misère et consolante, mais où le bonheur qu'elle promet est pourtant réel : Dieu pourrait exister quand même.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
C. S. Lewis, Mere Christianity (l'argument du désir) 1952 · attaque la prémisse 4Expliquer pourquoi on a besoin d'une croyance ne montre pas qu'elle est fausse (les logiciens appellent cette erreur le « sophisme génétique » ; Lewis, lui, s'en moquait sous le nom de « bulvérisme », 1941). Et le besoin peut même plaider dans l'autre sens. Nous avons faim et la nourriture existe, nous avons soif et l'eau existe. Si nous désirons un bonheur que rien sur terre ne comble, c'est peut-être que nous sommes faits pour autre chose.
sans réponse
Expliquer pourquoi on a besoin d'une croyance ne montre pas qu'elle est fausse (les logiciens appellent cette erreur le « sophisme génétique » ; Lewis, lui, s'en moquait sous le nom de « bulvérisme », 1941). Et le besoin peut même plaider dans l'autre sens. Nous avons faim et la nourriture existe, nous avons soif et l'eau existe. Si nous désirons un bonheur que rien sur terre ne comble, c'est peut-être que nous sommes faits pour autre chose.
LLa théologie de la libération (Gustavo Gutiérrez) 1971 · attaque la prémisse 3La religion n'endort pas toujours : elle a porté des révoltes, de la guerre des paysans de Thomas Müntzer aux abolitionnistes chrétiens contre l'esclavage, jusqu'aux prêtres d'Amérique latine aux côtés des pauvres. La foi peut être un moteur de la lutte, pas un calmant.
Marx répond
La religion n'endort pas toujours : elle a porté des révoltes, de la guerre des paysans de Thomas Müntzer aux abolitionnistes chrétiens contre l'esclavage, jusqu'aux prêtres d'Amérique latine aux côtés des pauvres. La foi peut être un moteur de la lutte, pas un calmant.
Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme 1905 · attaque la prémisse 2La cause va aussi dans l'autre sens : l'ascèse protestante (travailler beaucoup, épargner, ne pas jouir de sa richesse) a aidé à faire naître l'esprit du capitalisme. Les idées religieuses ne sont pas seulement le reflet de l'économie : elles la façonnent aussi. Weber précise qu'il ne veut pas remplacer une explication à sens unique par une autre.
Marx répond
La cause va aussi dans l'autre sens : l'ascèse protestante (travailler beaucoup, épargner, ne pas jouir de sa richesse) a aidé à faire naître l'esprit du capitalisme. Les idées religieuses ne sont pas seulement le reflet de l'économie : elles la façonnent aussi. Weber précise qu'il ne veut pas remplacer une explication à sens unique par une autre.