QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Le bonheur est un plaisir durable, sans remords
Qu'est-ce que le bonheur ?Le plaisir

Le bonheur est un plaisir durable, sans remords

L'Anti-Sénèque de La Mettrie

Julien Offray de La Mettrie 1709 · 1751L'homme est une machine : l'âme n'est que le fonctionnement du corps.
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Ce qu'il soutient

Le vrai bonheur est de jouir sans remords des plaisirs qui ne font tort à personne : se repentir d'un plaisir pris est une puérilité.

Pourquoi

Le bonheur est une sensation agréable qui dure, et le remords n'est qu'une vieille habitude inutile : mieux vaut jouir sans en souffrir.

En bref

« Le bonheur est un plaisir durable, sans remords » est un argument de Julien Offray de La Mettrie (Anti-Sénèque, ou Discours sur le bonheur, 1748 (repris en 1750)) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le vrai bonheur est de jouir sans remords des plaisirs qui ne font tort à personne : se repentir d'un plaisir pris est une puérilité. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Anti-Sénèque, ou Discours sur le bonheur, 1748 (repris en 1750)
Valide avec une prémisse implicite

La Mettrie, médecin, écrit ce discours en tête de sa traduction de Sénèque (De la vie heureuse), et le retourne contre lui : les stoïciens sont « séveres, tristes, durs », lui veut être « doux, gais, complaisans ». Son point de départ est le corps. Le bonheur est la même sensation agréable que le plaisir, mais qui dure ; elle dépend de notre organisation et de notre éducation, pas d'un effort de volonté. Il va plus loin : le remords ne serait qu'une habitude de sentir plantée dans l'enfance, inutile aux méchants et cruelle pour les honnêtes gens. Attention : La Mettrie ne conseille pas de nuire. Il garde la crainte des lois et les plaisirs qui ne font tort à personne. Nous avons lu le texte dans l'édition de 1796 ; nous ne l'avons pas comparé à celui de 1748 ou de 1750.

P1Le bonheur est la sensation agréable que nos organes éprouvent, quand elle dure : courte, on l'appelle plaisir ; plus longue, volupté ; permanente, bonheur.
P2Les causes intérieures du bonheur, qui passent pour dépendre de nous, n'en dépendent pas : elles tiennent à notre organisation et à notre éducation. On ne peut donc pas devenir heureux en commandant à ses sensations, comme le voudraient les stoïciens.
P3Le remords n'est pas la voix d'une loi naturelle : c'est une ancienne habitude de sentir, reçue dans l'enfance, qui reprend le dessus.
P4Il n'y a pas de vertu absolue : le mérite et le démérite viennent de la convention, et ce qui est utile à la société est ce que l'on appelle vertu.
P5Le remords est inutile à la société : la crainte des lois retient les méchants, alors que le remords tourmente surtout les honnêtes gens et ne sert pas de frein à la méchanceté.
P6 · prémisse impliciteSi le bonheur est un plaisir durable, si le remords n'est qu'une habitude sans autorité et sans utilité, et si la vertu n'est que ce qui sert la société, alors le bonheur consiste à jouir des plaisirs qui ne font tort à personne, sans remords.
Donc le vrai bonheur est de jouir sans remords des plaisirs qui ne font tort à personne : se repentir d'un plaisir pris est une puérilité.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où le bonheur est bien un plaisir durable et où le remords est bien une habitude inutile, mais où l'on a quand même de bonnes raisons de ne pas s'en défaire (par exemple parce que la conscience protège les autres de nous, ou parce qu'elle fait partie de ce que nous sommes).
L'argument est valide avec la prémisse cachée P6. P1 à P5 décrivent le bonheur (plaisir durable), la volonté (impuissante sur les sensations), le remords (habitude, inutile) et la vertu (convention utile). P6 les relie en une conclusion pratique : jouir sans remords. Sans P6, on peut tout admettre et refuser la conclusion. Les objections visent donc P6 (le plaisir seul fait-il le bonheur ? une vie sans vertu reste-t-elle agréable ?) et P3 (le remords est-il une simple habitude ?).
Analogie. Un enfant a appris à avoir peur du noir. Devenu adulte, il sait qu'il n'y a rien à craindre, et la peur revient pourtant. La Mettrie dirait que le remords est cette peur-là : une trace laissée par l'éducation, que la raison peut effacer comme on referme un chemin.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Sénèque (De la vie heureuse) 58 · attaque la prémisse 6

Je n'appelle pas sage celui qui est esclave de quoi que ce soit, et moins que tout autre l'esclave de la volupté. Comment résistera-t-il à la fatigue, au danger, à la pauvreté, à la mort, s'il est dominé par elle ?

un défenseur répond
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La Mettrie (Anti-Sénèque) défenseur de l'argument · 1748
La Mettrie, qui répond ici à Sénèque lui-même, accepte cet esclavage : les stoïciens se croient au-dessus du plaisir et de la douleur, lui veut les sentir et en tirer gloire. Nous ne commandons pas à nos sensations, dit-il ; avouons leur empire et tâchons de nous les rendre agréables.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Sénèque et La Mettrie ne parlent pas de la même chose. Pour Sénèque, le plaisir sans vertu rend esclave ; pour La Mettrie, la maîtrise de soi que promet le stoïcien est une illusion. Le débat entre vertu d'abord et plaisir d'abord est toujours ouvert.
Épicure (Lettre à Ménécée) 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 6

Le plaisir ne vient pas des banquets et des plaisirs sans fin, mais d'un raisonnement sobre : on ne peut pas vivre agréablement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, ni l'inverse. La vie agréable est inséparable de ces vertus.

un défenseur répond
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La Mettrie (Anti-Sénèque) défenseur de l'argument · 1748
La Mettrie ne vise pas Épicure ici, mais son texte répond au point : il garde une vertu, mais la réduit à son usage social : tout ce qui est utile à la société en est une, le reste n'est que le fantôme de la vertu. La crainte des lois, dit-il, suffit à retenir les méchants ; le remords n'y ajoute rien.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : La Mettrie et Épicure sont d'accord que le plaisir est le but. Ils diffèrent sur la place de la vertu : condition du plaisir pour Épicure, convention sociale pour La Mettrie. Le débat est toujours ouvert.
Jean-Jacques Rousseau (Émile, Profession de foi du vicaire savoyard) 1762 · attaque la prémisse 3

Le vicaire savoyard, porte-parole de Rousseau dans Émile, dit que l'amour du bien et la haine du mal nous sont aussi naturels que l'amour de nous-mêmes. Pour lui, ce n'est pas une habitude apprise, mais un sentiment que nous portons en nous.

sans réponse
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1762, après sa mort (1751).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : La Mettrie meurt en 1751 ; Rousseau écrit après lui, sans le viser nommément. Le désaccord porte sur P3 : la conscience est-elle une voix naturelle ou une trace de l'éducation ? Le débat est toujours ouvert.
Robert Nozick (Anarchy, State, and Utopia) 1974 · attaque la prémisse 1

Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences agréables que nous voulons, beaucoup ne s'y brancheraient pas : le bonheur ne se réduit pas à des sensations agréables, on veut aussi faire des choses et être quelqu'un.

sans réponse
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Pas de réponse possible : objection formulée en 1974, après sa mort (1751).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'objection de Nozick porte sur P1 : si le bonheur est une sensation, une machine pourrait nous le donner. Beaucoup refusent, ce qui suggère que le plaisir ne suffit pas. Les hédonistes répondent par des raisons de prudence ou de préjugé. Le débat est toujours ouvert.