Le bonheur est un plaisir durable, sans remords
L'Anti-Sénèque de La Mettrie
Le vrai bonheur est de jouir sans remords des plaisirs qui ne font tort à personne : se repentir d'un plaisir pris est une puérilité.
Le bonheur est une sensation agréable qui dure, et le remords n'est qu'une vieille habitude inutile : mieux vaut jouir sans en souffrir.
« Le bonheur est un plaisir durable, sans remords » est un argument de Julien Offray de La Mettrie (Anti-Sénèque, ou Discours sur le bonheur, 1748 (repris en 1750)) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le vrai bonheur est de jouir sans remords des plaisirs qui ne font tort à personne : se repentir d'un plaisir pris est une puérilité. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
La Mettrie, médecin, écrit ce discours en tête de sa traduction de Sénèque (De la vie heureuse), et le retourne contre lui : les stoïciens sont « séveres, tristes, durs », lui veut être « doux, gais, complaisans ». Son point de départ est le corps. Le bonheur est la même sensation agréable que le plaisir, mais qui dure ; elle dépend de notre organisation et de notre éducation, pas d'un effort de volonté. Il va plus loin : le remords ne serait qu'une habitude de sentir plantée dans l'enfance, inutile aux méchants et cruelle pour les honnêtes gens. Attention : La Mettrie ne conseille pas de nuire. Il garde la crainte des lois et les plaisirs qui ne font tort à personne. Nous avons lu le texte dans l'édition de 1796 ; nous ne l'avons pas comparé à celui de 1748 ou de 1750.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où le bonheur est bien un plaisir durable et où le remords est bien une habitude inutile, mais où l'on a quand même de bonnes raisons de ne pas s'en défaire (par exemple parce que la conscience protège les autres de nous, ou parce qu'elle fait partie de ce que nous sommes).
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Sénèque (De la vie heureuse) 58 · attaque la prémisse 6Je n'appelle pas sage celui qui est esclave de quoi que ce soit, et moins que tout autre l'esclave de la volupté. Comment résistera-t-il à la fatigue, au danger, à la pauvreté, à la mort, s'il est dominé par elle ?
un défenseur répond
Je n'appelle pas sage celui qui est esclave de quoi que ce soit, et moins que tout autre l'esclave de la volupté. Comment résistera-t-il à la fatigue, au danger, à la pauvreté, à la mort, s'il est dominé par elle ?
Épicure (Lettre à Ménécée) 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 6Le plaisir ne vient pas des banquets et des plaisirs sans fin, mais d'un raisonnement sobre : on ne peut pas vivre agréablement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, ni l'inverse. La vie agréable est inséparable de ces vertus.
un défenseur répond
Le plaisir ne vient pas des banquets et des plaisirs sans fin, mais d'un raisonnement sobre : on ne peut pas vivre agréablement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, ni l'inverse. La vie agréable est inséparable de ces vertus.
Jean-Jacques Rousseau (Émile, Profession de foi du vicaire savoyard) 1762 · attaque la prémisse 3Le vicaire savoyard, porte-parole de Rousseau dans Émile, dit que l'amour du bien et la haine du mal nous sont aussi naturels que l'amour de nous-mêmes. Pour lui, ce n'est pas une habitude apprise, mais un sentiment que nous portons en nous.
sans réponse
Le vicaire savoyard, porte-parole de Rousseau dans Émile, dit que l'amour du bien et la haine du mal nous sont aussi naturels que l'amour de nous-mêmes. Pour lui, ce n'est pas une habitude apprise, mais un sentiment que nous portons en nous.
Robert Nozick (Anarchy, State, and Utopia) 1974 · attaque la prémisse 1Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences agréables que nous voulons, beaucoup ne s'y brancheraient pas : le bonheur ne se réduit pas à des sensations agréables, on veut aussi faire des choses et être quelqu'un.
sans réponse
Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences agréables que nous voulons, beaucoup ne s'y brancheraient pas : le bonheur ne se réduit pas à des sensations agréables, on veut aussi faire des choses et être quelqu'un.