La douleur de la bête est comme la nôtre : on n'égorge pas la mère et le petit le même jour
La mère et le petit (Maïmonide)
Nous avons un devoir de compassion envers les animaux : leur douleur est réelle, comparable à la nôtre, et nous devons l'éviter même quand nous les tuons pour nous nourrir. A fortiori, nous devons veiller à ne pas faire de peine à nos semblables.
L'amour d'une mère pour son petit vient d'une faculté que les bêtes ont aussi, pas de la raison : sa douleur est donc pareille à la nôtre.
« La douleur de la bête est comme la nôtre : on n'égorge pas la mère et le petit le même jour » est un argument de Moïse Maïmonide (Guide des égarés, III, 48 (vers 1190), 1190) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : devoir de compassion). Sa thèse : Nous avons un devoir de compassion envers les animaux : leur douleur est réelle, comparable à la nôtre, et nous devons l'éviter même quand nous les tuons pour nous nourrir. A fortiori, nous devons veiller à ne pas faire de peine à nos semblables. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans le Guide des égarés, Maïmonide cherche la raison de chaque commandement de la Loi juive. Pourquoi est-il interdit d'égorger une bête et son petit le même jour ? Sa réponse est simple : pour qu'on ne tue pas le petit sous les yeux de la mère. La mère animale souffrirait beaucoup, car l'amour d'une mère pour son petit ne vient pas du raisonnement mais d'une faculté que la plupart des animaux ont autant que nous. Entre la douleur d'un homme et celle d'une bête, sous ce rapport, il n'y a pas de différence. Maïmonide ne dit pas qu'on ne peut pas manger de viande : il dit qu'on doit tuer de la manière la plus facile, et que si la Loi épargne cette peine aux bêtes, nous devons l'épargner a fortiori aux hommes.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'animal souffre autant que nous, où la Loi l'épargne, mais où cela ne crée pour nous aucun devoir : la Loi serait alors un simple règlement, sans valeur morale.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Le Talmud (Berakhot 33b), rapporté par Maïmonide 500 · attaque la prémisse 3Selon un enseignement du Talmud, celui qui dit dans sa prière « ta miséricorde s'étend jusqu'au nid d'oiseaux » est réduit au silence. Cela exprime l'une des deux opinions : la Loi n'a d'autre motif que la seule volonté de Dieu, sans raison de pitié. Le commandement n'est alors pas fondé sur la douleur de l'animal.
Maïmonide répond
Selon un enseignement du Talmud, celui qui dit dans sa prière « ta miséricorde s'étend jusqu'au nid d'oiseaux » est réduit au silence. Cela exprime l'une des deux opinions : la Loi n'a d'autre motif que la seule volonté de Dieu, sans raison de pitié. Le commandement n'est alors pas fondé sur la douleur de l'animal.
Emmanuel Kant (Doctrine de la vertu) 1797 · attaque la prémisse 5Kant refuse de faire de la douleur animale la source d'un devoir envers l'animal : d'après la seule raison, l'homme n'a de devoirs qu'envers l'homme. Être cruel envers les bêtes est mal, mais seulement parce que cela émousse en nous la compassion, utile à la morale entre humains. Nos devoirs envers les animaux sont indirects.
un défenseur répond
Kant refuse de faire de la douleur animale la source d'un devoir envers l'animal : d'après la seule raison, l'homme n'a de devoirs qu'envers l'homme. Être cruel envers les bêtes est mal, mais seulement parce que cela émousse en nous la compassion, utile à la morale entre humains. Nos devoirs envers les animaux sont indirects.
René Descartes (Discours de la méthode, V) 1637 · attaque la prémisse 2Pour Descartes, ce que font les animaux ne prouve pas qu'ils pensent : c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes, comme une horloge. Il ne s'ensuit pas que leur douleur soit du même genre que la nôtre. (Dans une lettre de 1649, il précise qu'il ne leur refuse pas le sentiment, mais la pensée.)
un défenseur répond
Pour Descartes, ce que font les animaux ne prouve pas qu'ils pensent : c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes, comme une horloge. Il ne s'ensuit pas que leur douleur soit du même genre que la nôtre. (Dans une lettre de 1649, il précise qu'il ne leur refuse pas le sentiment, mais la pensée.)
Peter Singer 1974 · attaque la conclusionSinger part du même constat que Maïmonide : la capacité de souffrir est la seule frontière défendable pour le souci des intérêts d'autrui. Mais il en tire plus : élever et tuer des animaux pour les manger sacrifie leurs intérêts les plus importants à notre simple plaisir de goût, et il demande d'y renoncer. Maïmonide s'arrête à un abattage doux et laisse intact le fait de tuer pour manger.
Maïmonide répond
Singer part du même constat que Maïmonide : la capacité de souffrir est la seule frontière défendable pour le souci des intérêts d'autrui. Mais il en tire plus : élever et tuer des animaux pour les manger sacrifie leurs intérêts les plus importants à notre simple plaisir de goût, et il demande d'y renoncer. Maïmonide s'arrête à un abattage doux et laisse intact le fait de tuer pour manger.