Refuser de compter les animaux, c'est refuser de compter les serfs : une pratique qui leur cause plus de douleur que de plaisir à l'homme est immorale
Mill contre Whewell sur les animaux
Une pratique qui cause aux animaux plus de douleur qu'elle ne donne de plaisir à l'homme est immorale. Mill est prêt à jouer toute la question sur ce seul point.
Exclure les animaux parce qu'ils ne sont pas « des nôtres » est le raisonnement qui excluait jadis les esclaves et les serfs.
« Refuser de compter les animaux, c'est refuser de compter les serfs : une pratique qui leur cause plus de douleur que de plaisir à l'homme est immorale » est un argument de John Stuart Mill (« Whewell on Moral Philosophy », Westminster Review, 1852 (Dissertations and Discussions, II, 1859, p. 482-485), 1852) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : leur souffrance compte autant). Sa thèse : Une pratique qui cause aux animaux plus de douleur qu'elle ne donne de plaisir à l'homme est immorale. Mill est prêt à jouer toute la question sur ce seul point. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1852, William Whewell attaque l'utilitarisme de Bentham. Pour le ridiculiser, il cite le passage où Bentham demande si les animaux ne comptent pas, puisqu'ils peuvent souffrir. Pour Whewell, cela montre l'absurdité de la doctrine : nous devons du souci aux hommes parce que nous sommes liés à eux par un lien de fraternité humaine, et nous n'avons pas de tel lien avec les animaux. Mill répond avec ironie. Le même raisonnement, dit-il, aurait donné raison aux planteurs esclavagistes et aux nobles féodaux, qui se sentaient liés à leurs semblables et à personne d'autre. Il est prêt à jouer toute la question sur un point : une pratique qui cause aux animaux plus de douleur qu'elle ne donne de plaisir à l'homme est-elle morale ?
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le critère de Whewell est écarté, où une pratique cause plus de douleur que de plaisir, et où elle n'est pourtant pas jugée immorale, par exemple parce que d'autres considérations (droits, liberté) la permettent.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
CCarl Cohen 1986 · attaque la prémisse 2La question n'est pas celle d'une ressemblance, mais d'un genre. Les humains sont d'un genre tel qu'ils peuvent être sujets d'expériences seulement avec leur consentement. Cohen se dit « spéciste » et juge cette position nécessaire à une bonne conduite : refuser les distinctions entre espèces fait mal juger ses obligations. La comparaison avec les esclaves ne tient donc pas.
un défenseur répond
La question n'est pas celle d'une ressemblance, mais d'un genre. Les humains sont d'un genre tel qu'ils peuvent être sujets d'expériences seulement avec leur consentement. Cohen se dit « spéciste » et juge cette position nécessaire à une bonne conduite : refuser les distinctions entre espèces fait mal juger ses obligations. La comparaison avec les esclaves ne tient donc pas.
Bernard Williams 2006 · attaque la prémisse 2Dans « Le préjugé humain » (essai publié en 2006, après sa mort en 2003), Williams soutient que donner un poids particulier aux humains n'est pas un préjugé du même genre que le racisme. Le point de vue humain est celui d'où nous jugeons ; on ne peut pas se placer à un point de vue neutre d'où tous les êtres compteraient pareil. La comparaison avec les esclaves et les serfs est donc trop rapide.
un défenseur répond
Dans « Le préjugé humain » (essai publié en 2006, après sa mort en 2003), Williams soutient que donner un poids particulier aux humains n'est pas un préjugé du même genre que le racisme. Le point de vue humain est celui d'où nous jugeons ; on ne peut pas se placer à un point de vue neutre d'où tous les êtres compteraient pareil. La comparaison avec les esclaves et les serfs est donc trop rapide.
Peter Carruthers 1992 · attaque la prémisse 4Si la morale est l'accord d'êtres raisonnables, les animaux n'ont pas de droits directs : seuls les agents rationnels en reçoivent. La douleur d'un animal ne compte pas pour elle-même, mais par ce qu'elle dit de celui qui l'inflige. Appliqué à Mill (notre application, Carruthers ne parle pas de ce texte) : les esclaves et les serfs étaient, eux, des agents raisonnables, que le contrat devait inclure ; la comparaison ne passe donc pas aux animaux.
un défenseur répond
Si la morale est l'accord d'êtres raisonnables, les animaux n'ont pas de droits directs : seuls les agents rationnels en reçoivent. La douleur d'un animal ne compte pas pour elle-même, mais par ce qu'elle dit de celui qui l'inflige. Appliqué à Mill (notre application, Carruthers ne parle pas de ce texte) : les esclaves et les serfs étaient, eux, des agents raisonnables, que le contrat devait inclure ; la comparaison ne passe donc pas aux animaux.