Quel effet ça fait d'être une chauve-souris ?
La chauve-souris de Nagel (« l'effet que ça fait »)
Une théorie physique objective ne décrit pas ce que cela fait d'être une chauve-souris (ni d'être nous) : une partie de l'esprit lui échappe, et nous n'avons aujourd'hui aucune idée de ce que serait une explication physique de ces faits.
Savoir ce que cela fait d'être quelqu'un tient à son point de vue, et une théorie physique s'éloigne de tout point de vue.
« Quel effet ça fait d'être une chauve-souris ? » est un argument de Thomas Nagel (« What Is It Like to Be a Bat? », The Philosophical Review, 1974, 1974) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit n'est pas matière). Sa thèse : Une théorie physique objective ne décrit pas ce que cela fait d'être une chauve-souris (ni d'être nous) : une partie de l'esprit lui échappe, et nous n'avons aujourd'hui aucune idée de ce que serait une explication physique de ces faits. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pour savoir ce qu'est un organe comme le foie, on peut le disséquer et le mesurer. Mais pour une conscience, il manque quelque chose : l'effet que ça fait de la vivre de l'intérieur. En 1974, Thomas Nagel prend l'exemple de la chauve-souris, qui perçoit le monde par écholocation, un sens que nous n'avons pas. Nous pouvons étudier son cerveau et son sonar dans les moindres détails ; saurons-nous pour autant quel effet cela fait d'être elle ? Nagel pense que non : ce point de vue est subjectif, alors que la science cherche une description objective, qui n'est celle de personne en particulier. Nous le rangeons ici parce que l'argument montre que l'esprit ne se réduit pas à ce que la physique décrit aujourd'hui. Attention : Nagel lui-même n'est pas dualiste. Il ne défend pas l'existence d'une âme séparée du corps, et il écrit qu'il serait faux de conclure que le physicalisme est faux. Il dit seulement que nous n'avons aucune idée de la façon dont il pourrait être vrai.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait accepter P1 à P3 et dire que la physique, tout en s'éloignant des points de vue, décrit quand même les faits subjectifs d'une autre manière, comme une carte décrit un paysage sans être un paysage.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Daniel Dennett 1988 · attaque la prémisse 1La notion d'un « effet que ça fait » privé, ineffable, qui s'ajouterait à tout ce que le cerveau fait, est confuse. Dennett pense que les défenseurs du matérialisme ont eu tort de dire « nous expliquerons ces qualia » ; il fallait demander : « quels qualia ? ». Selon lui, il n'y a pas de tels faits en plus de ce que nous sommes capables de discriminer, de réagir et de dire.
Nagel répond
La notion d'un « effet que ça fait » privé, ineffable, qui s'ajouterait à tout ce que le cerveau fait, est confuse. Dennett pense que les défenseurs du matérialisme ont eu tort de dire « nous expliquerons ces qualia » ; il fallait demander : « quels qualia ? ». Selon lui, il n'y a pas de tels faits en plus de ce que nous sommes capables de discriminer, de réagir et de dire.
Patricia Churchland 1996 · attaque la conclusionQue nous n'arrivions pas à imaginer comment le cerveau produit l'expérience est un fait sur nous, pas sur le monde. Churchland juge que raisonner à partir de notre ignorance présente, ou de ce que nous ne pouvons pas imaginer, pour fixer une limite à la science est un mauvais raisonnement.
sans réponse
Que nous n'arrivions pas à imaginer comment le cerveau produit l'expérience est un fait sur nous, pas sur le monde. Churchland juge que raisonner à partir de notre ignorance présente, ou de ce que nous ne pouvons pas imaginer, pour fixer une limite à la science est un mauvais raisonnement.
Thomas Nagel (sa propre réserve) 1974 · attaque la conclusionNagel limite lui-même la portée de son argument : il serait faux de conclure que le physicalisme est faux. Il dit qu'on ne peut pas le comprendre, faute d'avoir la moindre idée de la façon dont il pourrait être vrai. Si les processus mentaux sont des processus physiques, alors cela fait quelque chose d'être dans certains états physiques, et ce que cela veut dire reste un mystère.
Nagel répond
Nagel limite lui-même la portée de son argument : il serait faux de conclure que le physicalisme est faux. Il dit qu'on ne peut pas le comprendre, faute d'avoir la moindre idée de la façon dont il pourrait être vrai. Si les processus mentaux sont des processus physiques, alors cela fait quelque chose d'être dans certains états physiques, et ce que cela veut dire reste un mystère.