Marie, la savante qui n'a jamais vu de rouge
L'argument de la connaissance (Marie dans sa chambre noir et blanc)
Il y a des faits qui ne sont pas physiques : le physicalisme, qui dit que tout est physique, est faux.
Marie connaît tous les faits physiques sur les couleurs, pourtant elle apprend quelque chose en voyant du rouge : il lui manquait un fait.
« Marie, la savante qui n'a jamais vu de rouge » est un argument de Frank Jackson (« Epiphenomenal Qualia », 1982 ; « What Mary Didn't Know », 1986, 1982) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit n'est pas matière). Sa thèse : Il y a des faits qui ne sont pas physiques : le physicalisme, qui dit que tout est physique, est faux. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Marie est une scientifique brillante. Elle a passé sa vie dans une pièce en noir et blanc, et elle étudie la vision des couleurs par écran noir et blanc. Elle sait tout de la physique des couleurs, de la lumière et du cerveau qui voit. Un jour elle sort et voit une tomate rouge. Apprend-elle quelque chose ? Frank Jackson (1982) répond que oui : elle apprend ce que c'est de voir du rouge. Mais alors, elle savait déjà toute la physique et il lui manquait encore quelque chose, donc tout n'est pas physique. L'argument montre que l'esprit ne se réduit pas à la physique. Jackson en avait tiré à l'époque que les qualia existent mais ne causent rien (c'est l'épiphénoménisme). Précision importante : il a changé d'avis plus tard, et il défend aujourd'hui le physicalisme.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait accepter tout le récit et dire que Marie découvre un fait physique qu'elle connaissait déjà sous une autre forme, comme on peut connaître l'eau sans savoir que c'est du H2O.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Lewis (après Laurence Nemirow) 1988 · attaque la prémisse 3Marie n'apprend aucun fait nouveau. Savoir quel effet ça fait de voir du rouge, c'est avoir des capacités : se rappeler, imaginer et reconnaître cette expérience. Une capacité n'est pas une information. Les leçons de physique donnent des informations, elles ne donnent pas de capacités ; il n'est donc pas étonnant que Marie ne les ait pas avant de voir du rouge. C'est l'« hypothèse des capacités », que Laurence Nemirow avait lancée en 1980 en disant qu'on comprend l'expérience du rouge quand on peut visualiser du rouge à volonté.
sans réponse
Marie n'apprend aucun fait nouveau. Savoir quel effet ça fait de voir du rouge, c'est avoir des capacités : se rappeler, imaginer et reconnaître cette expérience. Une capacité n'est pas une information. Les leçons de physique donnent des informations, elles ne donnent pas de capacités ; il n'est donc pas étonnant que Marie ne les ait pas avant de voir du rouge. C'est l'« hypothèse des capacités », que Laurence Nemirow avait lancée en 1980 en disant qu'on comprend l'expérience du rouge quand on peut visualiser du rouge à volonté.
BBrian Loar 1990 · attaque la prémisse 4Marie apprend bien quelque chose de nouveau, mais ce n'est pas un fait nouveau. Elle acquiert un nouveau concept, un « concept phénoménal », qui lui permet de penser autrement à un état du cerveau qu'elle connaissait déjà. Un même fait physique peut être pensé de deux façons : avec le vocabulaire de la neurologie, ou avec le concept qu'on a quand on a vu du rouge. Comme pour « l'eau » et « H2O », une seule réalité, deux manières d'y penser.
Jackson répond
Marie apprend bien quelque chose de nouveau, mais ce n'est pas un fait nouveau. Elle acquiert un nouveau concept, un « concept phénoménal », qui lui permet de penser autrement à un état du cerveau qu'elle connaissait déjà. Un même fait physique peut être pensé de deux façons : avec le vocabulaire de la neurologie, ou avec le concept qu'on a quand on a vu du rouge. Comme pour « l'eau » et « H2O », une seule réalité, deux manières d'y penser.
Daniel Dennett 1991 · attaque la prémisse 2On se trompe en imaginant que Marie sait vraiment tout. Si elle connaît absolument tout de la physique de la vision, elle peut déduire d'avance l'effet que lui fera le rouge, le jaune ou le bleu. Dennett raconte donc la fin de l'histoire autrement : on lui présente une banane bleue pour la piéger, et elle répond « vous avez essayé de me tromper, les bananes sont jaunes ». Selon lui, nous croyons que Marie apprend quelque chose parce que nous imaginons mal ce que serait un savoir complet.
sans réponse
On se trompe en imaginant que Marie sait vraiment tout. Si elle connaît absolument tout de la physique de la vision, elle peut déduire d'avance l'effet que lui fera le rouge, le jaune ou le bleu. Dennett raconte donc la fin de l'histoire autrement : on lui présente une banane bleue pour la piéger, et elle répond « vous avez essayé de me tromper, les bananes sont jaunes ». Selon lui, nous croyons que Marie apprend quelque chose parce que nous imaginons mal ce que serait un savoir complet.
Frank Jackson (changement d'avis) 2003 · attaque la conclusionJackson lui-même abandonne la conclusion. Il écrit qu'il s'était écarté de l'avis de la majorité, mais qu'il s'y est rallié, et qu'il cherche maintenant où les arguments tirés de nos intuitions contre le physicalisme se trompent. Sa réponse repose sur le représentationnalisme : une expérience représente que les choses sont d'une certaine façon, et notre manière de penser cette expérience nous trompe.
sans réponse
Jackson lui-même abandonne la conclusion. Il écrit qu'il s'était écarté de l'avis de la majorité, mais qu'il s'y est rallié, et qu'il cherche maintenant où les arguments tirés de nos intuitions contre le physicalisme se trompent. Sa réponse repose sur le représentationnalisme : une expérience représente que les choses sont d'une certaine façon, et notre manière de penser cette expérience nous trompe.