QuestionsDieu existe-t-il ?Pourquoi Dieu se cacherait-il ?
Dieu existe-t-il ?AthéismeLe silence de Dieu

Pourquoi Dieu se cacherait-il ?

L'argument du Dieu caché

J. L. Schellenberg né en 1959Si un Dieu parfaitement aimant existait, personne ne serait incroyant de bonne foi.
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Ce qu'il soutient

Il n'existe pas de Dieu parfaitement aimant, et donc pas de Dieu.

Pourquoi

Un Dieu parfaitement aimant serait ouvert à tous, or des personnes sans faute ne croient pas en lui et ne peuvent le chercher.

La même idée à travers l'histoire
Pascal1670Dans les Pensées, Pascal part du même constat, que Dieu est caché, mais pour en faire une marque de la vraie religion : Dieu se montre à qui le cherche de tout son cœur.
J. L. Schellenberg1993Première forme de l'argument : un Dieu parfaitement aimant ne laisserait personne dans une non-croyance sans faute (« raisonnable »).
Theodore M. Drange1998Drange propose de retirer le mot « raisonnable » : qu'elle soit fautive ou non, la non-croyance répandue suffit, si Dieu veut être aimé de tous.
J. L. Schellenberg2015Forme récente : un Dieu parfaitement aimant serait toujours ouvert à une relation avec chacun ; il n'y aurait donc pas de non-croyance « non résistante ».
En bref

« Pourquoi Dieu se cacherait-il ? » est un argument de J. L. Schellenberg (Divine Hiddenness and Human Reason, 1993, 1993) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : Il n'existe pas de Dieu parfaitement aimant, et donc pas de Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Divine Hiddenness and Human Reason, 1993
Valide avec une prémisse implicite

Beaucoup de gens cherchent Dieu sincèrement et ne le trouvent pas. Pour le philosophe canadien J. L. Schellenberg, ce silence n'est pas un détail : c'est un argument contre Dieu. Un parent qui aime son enfant ne se cache pas de lui pendant toute sa vie. Si Dieu nous aimait parfaitement, il ferait au moins en sorte que tous ceux qui ne le refusent pas puissent savoir qu'il existe. L'argument ne parle pas de la souffrance, comme le problème du mal, mais du silence.

P1Si Dieu existe, il est parfaitement aimant.
P2Un Dieu parfaitement aimant serait toujours ouvert à une relation personnelle avec chaque personne capable d'une telle relation.
P3 · prémisse impliciteOn ne peut pas entrer consciemment en relation avec quelqu'un dont on ne croit pas qu'il existe. Être ouvert à la relation, pour Dieu, c'est donc ne laisser personne dans la non-croyance sans que ce soit de sa faute.
P4Or il existe des personnes qui ne croient pas en Dieu sans que ce soit de leur faute : elles ne le fuient pas, et pourtant elles ne trouvent pas de raisons suffisantes de croire.
Donc il n'existe pas de Dieu parfaitement aimant, et donc pas de Dieu.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où Dieu est aimant et ouvert à la relation, et où des gens ne croient pas sans faute : par exemple si l'on pouvait être en relation avec Dieu sans croire qu'il existe.
Valide avec P3, que Schellenberg développe mais que la forme courte de l'argument ne dit pas. Les croyants attaquent surtout P4 (toute non-croyance cache-t-elle une faute ?) et P2 (Dieu peut-il avoir de bonnes raisons d'attendre ?).
Analogie. Une mère qui aime son enfant peut le laisser seul un moment, pour qu'il apprenne. Mais si l'enfant l'appelle sincèrement pendant des années sans jamais savoir si elle existe, on ne dira plus qu'elle l'aime parfaitement.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Pascal (la réponse traditionnelle) 1670 · attaque la prémisse 4

Dieu ne se montre pas de façon à forcer tout le monde. Il se laisse trouver par ceux qui le cherchent de tout leur cœur, et reste caché à ceux qui le fuient. Si quelqu'un ne trouve pas, c'est qu'au fond, il ne voulait pas voir : la non-croyance vient toujours d'une disposition du cœur.

Schellenberg répond
J. L. Schellenberg 1993
C'est justement ce que l'expérience dément. Schellenberg consacre tout un chapitre à montrer que beaucoup de gens ont cherché honnêtement, sans fuir Dieu, et ne trouvent pas de raisons suffisantes de croire.
Theodore Drange 1998
Et même si chaque non-croyance était d'une certaine façon une faute, cela ne changerait rien. Un Dieu parfaitement aimant laisserait de côté la rancune et voudrait quand même aider ceux qui ne croient pas, en leur donnant des signes de son existence.
Le débat continue (notre résumé) Certains croyants doutent que la non-croyance vraiment sans faute dont l'argument a besoin existe, ou qu'on puisse jamais s'en assurer (par exemple Douglas Henry, dans la revue Faith and Philosophy, 2001 et 2008). Ses défenseurs notent que l'argument n'a besoin que d'un seul cas réel, et qu'il faudrait sinon soupçonner de mauvaise foi un très grand nombre de chercheurs sincères.
Richard Swinburne (et Michael Murray) 2004 · attaque la prémisse 2

Dieu, comme un bon parent, veut que nous devenions bons par notre propre choix. Si son existence et la récompense éternelle étaient certaines, nous ferions le bien pour lui plaire et pour gagner le ciel, pas par amour des autres. Un peu d'incertitude laisse place à une bonté libre. Michael Murray (« Coercion and the Hiddenness of God », 1993) le dit autrement : une présence évidente de Dieu, avec ses promesses et ses menaces, pèserait sur nous comme une contrainte.

Schellenberg répond
Theodore Drange 1998
Les croyants disent avoir déjà assez de preuves pour croire, sans que leur liberté soit atteinte. S'il existe un niveau de preuve suffisant pour croire mais trop faible pour gêner la liberté, Dieu devrait donner ce niveau à tout le monde. Les non-croyants seraient alors au même point que les croyants, et tout aussi libres.
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Swinburne et de Murray répondent que le bon degré d'incertitude peut varier d'une personne à l'autre, et que Dieu seul le connaît. Les défenseurs de l'argument répliquent que croire en Dieu n'oblige personne à l'aimer : même en sachant qu'il existe, chacun resterait libre de lui tourner le dos.
P
Paul Moser (dans Howard-Snyder et Moser, dir.) 2002 · attaque la prémisse 2

Dieu n'est pas un objet qu'on observe par curiosité. Il se fait connaître pour transformer ceux qui l'accueillent, et peut se cacher de ceux qui exigent des preuves à leurs propres conditions, sans être prêts à changer de vie. Exiger qu'il se montre comme on le veut, c'est une forme d'« idolâtrie » de la connaissance. Ce recueil d'essais, dirigé avec Daniel Howard-Snyder, réunit les principales réponses à Schellenberg.

sans réponse
Schellenberg a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Schellenberg répond que cette raison ne vaut que pour ceux qui résistent à Dieu. Or son argument porte justement sur ceux qui ne résistent pas : des personnes prêtes à accueillir Dieu s'il se montrait. Pour elles, la raison de Moser ne s'applique pas.