On discute de la beauté, on éduque son goût : donc le beau est une affaire d'objet, pas seulement de sujet
L'objectivité du beau selon Scruton ; « Pourquoi la beauté compte » (Why Beauty Matters)
Dire qu'une chose est belle, c'est dire quelque chose qui peut être juste ou faux de cette chose, appuyé par des raisons : la beauté n'est pas qu'une affaire de goût personnel.
On discute de beauté et on éduque son goût : cela n'a de sens que si le jugement porte sur l'objet et peut être plus ou moins juste.
« On discute de la beauté, on éduque son goût : donc le beau est une affaire d'objet, pas seulement de sujet » est un argument de Roger Scruton (Beauty (2009 ; Beauty: A Very Short Introduction, 2011), 2009) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : la beauté est dans les choses). Sa thèse : Dire qu'une chose est belle, c'est dire quelque chose qui peut être juste ou faux de cette chose, appuyé par des raisons : la beauté n'est pas qu'une affaire de goût personnel. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
« Chacun ses goûts » : c'est la phrase qui ferme la discussion. Roger Scruton remarque pourtant que nous ne la prenons pas au sérieux dans la pratique. Nous distinguons la vraie beauté de la fausse (le kitsch, le sentimental, le caprice), nous discutons de beauté, nous cherchons à éduquer notre goût, et nous attendons de nos amis qu'ils voient ce que nous voyons. Si dire « c'est beau » exprimait seulement une préférence personnelle, tout cela n'aurait pas de sens. Pour Scruton, le jugement de beauté se tourne vers l'objet jugé, non vers celui qui juge, et il admet des raisons. Précision : il ne retourne pas à la théorie platonicienne d'un Beau en soi ; il rattache la beauté à notre nature d'êtres qui cherchent du sens, et il reste proche de Kant dans l'esprit, tout en refusant de réduire le jugement à un sentiment du sujet. Le livre est sous droits : nous citons de courts passages, vérifiés.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, on peut accepter que nous discutions de beauté et éduquions notre goût (P1, P2) tout en pensant que ces pratiques ne font que rapprocher des sensibilités, comme on discute pour se mettre d'accord sur un restaurant. Les pratiques seraient sociales et la beauté, subjective.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Emmanuel Kant 1790 · attaque la prémisse 3Kant admet que le jugement de beauté prétend valoir pour tous, mais refuse qu'il repose sur des raisons au sens strict. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui déterminerait par des concepts ce qui est beau : le principe du jugement est le sentiment du sujet. On peut donc discuter, au sens de s'efforcer de convaincre, sans pouvoir prouver.
sans réponse
Kant admet que le jugement de beauté prétend valoir pour tous, mais refuse qu'il repose sur des raisons au sens strict. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui déterminerait par des concepts ce qui est beau : le principe du jugement est le sentiment du sujet. On peut donc discuter, au sens de s'efforcer de convaincre, sans pouvoir prouver.
Voltaire 1764 · attaque la conclusionVoltaire demande à un crapaud ce qu'est la beauté : pour lui, ce sera sa femelle, avec de gros yeux ronds et une peau brune. Le beau change avec l'espèce, et donc avec le point de vue : ce qui est beau pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Si la beauté était une réalité dans les choses, elle ne varierait pas ainsi.
sans réponse
Voltaire demande à un crapaud ce qu'est la beauté : pour lui, ce sera sa femelle, avec de gros yeux ronds et une peau brune. Le beau change avec l'espèce, et donc avec le point de vue : ce qui est beau pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Si la beauté était une réalité dans les choses, elle ne varierait pas ainsi.
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 2Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don : il vient de l'éducation et de la classe sociale, et il sert à se distinguer. « Éduquer son goût » veut alors souvent dire acquérir le goût de la classe dominante, et la prétention du jugement esthétique à l'universalité masque une distinction sociale.
sans réponse
Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don : il vient de l'éducation et de la classe sociale, et il sert à se distinguer. « Éduquer son goût » veut alors souvent dire acquérir le goût de la classe dominante, et la prétention du jugement esthétique à l'universalité masque une distinction sociale.
AAlexander Nehamas 2007 · attaque la prémisse 2Nehamas soutient que l'expérience de la beauté nous donne envie de la partager, mais ne nous donne pas le droit d'exiger l'accord de tous : elle est plutôt une promesse de bonheur, qui nous pousse à chercher davantage d'une chose qui nous attire. Discuter et éduquer son goût, c'est alors cultiver un désir, non établir une vérité commune.
sans réponse
Nehamas soutient que l'expérience de la beauté nous donne envie de la partager, mais ne nous donne pas le droit d'exiger l'accord de tous : elle est plutôt une promesse de bonheur, qui nous pousse à chercher davantage d'une chose qui nous attire. Discuter et éduquer son goût, c'est alors cultiver un désir, non établir une vérité commune.