QuestionsLa beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?On discute de la beauté, on éduque son goût : donc le beau est une affaire d'objet, pas seulement de sujet
La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ?La beauté est dans les choses

On discute de la beauté, on éduque son goût : donc le beau est une affaire d'objet, pas seulement de sujet

L'objectivité du beau selon Scruton ; « Pourquoi la beauté compte » (Why Beauty Matters)

Roger Scruton 1944 · 2020Philosophe de l'esthétique : la beauté est une valeur réelle, dont on peut discuter par des raisons, et qui tient à notre nature d'êtres rationnels.
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Ce qu'il soutient

Dire qu'une chose est belle, c'est dire quelque chose qui peut être juste ou faux de cette chose, appuyé par des raisons : la beauté n'est pas qu'une affaire de goût personnel.

Pourquoi

On discute de beauté et on éduque son goût : cela n'a de sens que si le jugement porte sur l'objet et peut être plus ou moins juste.

En bref

« On discute de la beauté, on éduque son goût : donc le beau est une affaire d'objet, pas seulement de sujet » est un argument de Roger Scruton (Beauty (2009 ; Beauty: A Very Short Introduction, 2011), 2009) sur la question « La beauté est-elle dans l'œil de celui qui regarde ? » (réponse : la beauté est dans les choses). Sa thèse : Dire qu'une chose est belle, c'est dire quelque chose qui peut être juste ou faux de cette chose, appuyé par des raisons : la beauté n'est pas qu'une affaire de goût personnel. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Beauty (2009 ; Beauty: A Very Short Introduction, 2011)
Valide avec une prémisse implicite

« Chacun ses goûts » : c'est la phrase qui ferme la discussion. Roger Scruton remarque pourtant que nous ne la prenons pas au sérieux dans la pratique. Nous distinguons la vraie beauté de la fausse (le kitsch, le sentimental, le caprice), nous discutons de beauté, nous cherchons à éduquer notre goût, et nous attendons de nos amis qu'ils voient ce que nous voyons. Si dire « c'est beau » exprimait seulement une préférence personnelle, tout cela n'aurait pas de sens. Pour Scruton, le jugement de beauté se tourne vers l'objet jugé, non vers celui qui juge, et il admet des raisons. Précision : il ne retourne pas à la théorie platonicienne d'un Beau en soi ; il rattache la beauté à notre nature d'êtres qui cherchent du sens, et il reste proche de Kant dans l'esprit, tout en refusant de réduire le jugement à un sentiment du sujet. Le livre est sous droits : nous citons de courts passages, vérifiés.

P1Le jugement de beauté se concentre sur l'objet jugé, et non sur le sujet qui juge.
P2Nous distinguons la vraie beauté de la fausse (kitsch, sentimentalité, caprice) ; nous discutons de beauté et nous cherchons à éduquer notre goût.
P3 · prémisse impliciteOn ne discute et on n'éduque que ce qui peut être mieux ou moins bien jugé : si l'on peut éduquer son goût, c'est qu'il existe des raisons qui rendent un jugement de beauté plus juste qu'un autre.
P4 · prémisse impliciteUn jugement qui porte sur un objet et qui peut être plus ou moins juste atteint quelque chose de réel dans cet objet, et pas seulement la réaction de celui qui juge.
Donc dire qu'une chose est belle, c'est dire quelque chose qui peut être juste ou faux de cette chose, appuyé par des raisons : la beauté n'est pas qu'une affaire de goût personnel.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, on peut accepter que nous discutions de beauté et éduquions notre goût (P1, P2) tout en pensant que ces pratiques ne font que rapprocher des sensibilités, comme on discute pour se mettre d'accord sur un restaurant. Les pratiques seraient sociales et la beauté, subjective.
L'argument est valide avec les prémisses cachées P3 et P4. P1 et P2 décrivent nos pratiques de jugement ; P3 en tire qu'il existe des raisons qui départagent les jugements ; P4 dit que des jugements départageables portent sur quelque chose de réel dans l'objet. Les débats portent sur P3 (les raisons peuvent-elles départager vraiment, ou seulement orienter ?) et sur P4 (un jugement peut-il être « meilleur » sans que le beau soit une propriété de la chose, par exemple si les bons juges sont ceux qui ressentent le plus finement ?).
Analogie. Dire qu'un joueur d'échecs a fait un bon coup ne revient pas à dire qu'on aime ce coup : on peut le justifier, être contredit, apprendre à mieux voir. Si les échecs ont des coups meilleurs que d'autres, c'est parce que le jeu a des raisons. Scruton dit que le goût en a aussi.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Emmanuel Kant 1790 · attaque la prémisse 3

Kant admet que le jugement de beauté prétend valoir pour tous, mais refuse qu'il repose sur des raisons au sens strict. Il ne peut y avoir de règle objective du goût qui déterminerait par des concepts ce qui est beau : le principe du jugement est le sentiment du sujet. On peut donc discuter, au sens de s'efforcer de convaincre, sans pouvoir prouver.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Scruton dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Kant est antérieur à Scruton de près de deux siècles. Scruton, de son côté, se réclame en partie de Kant ; la différence est que Scruton tient le jugement de beauté pour un jugement sur l'objet, appuyé par des raisons, là où Kant y voit un sentiment qui demande l'accord sans pouvoir le prouver. Nous n'avons pas relu le passage de Scruton qui discute ce point.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : les raisons que l'on donne en esthétique prouvent-elles quelque chose sur l'objet, ou invitent-elles seulement à regarder autrement ? Les deux positions ont de nombreux défenseurs (notre résumé).
Voltaire 1764 · attaque la conclusion

Voltaire demande à un crapaud ce qu'est la beauté : pour lui, ce sera sa femelle, avec de gros yeux ronds et une peau brune. Le beau change avec l'espèce, et donc avec le point de vue : ce qui est beau pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Si la beauté était une réalité dans les choses, elle ne varierait pas ainsi.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Scruton dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : la variation du goût entre espèces et entre cultures prouve-t-elle que la beauté est relative, ou seulement qu'elle est relative à un type d'être, ce qui laisserait de la place à une beauté propre aux humains ? Les défenseurs de l'objectivité et leurs adversaires se partagent sur ce point (notre résumé).
Pierre Bourdieu 1979 · attaque la prémisse 2

Bourdieu soutient que le goût n'est pas un don : il vient de l'éducation et de la classe sociale, et il sert à se distinguer. « Éduquer son goût » veut alors souvent dire acquérir le goût de la classe dominante, et la prétention du jugement esthétique à l'universalité masque une distinction sociale.

sans réponse
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Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Scruton dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas relevé de réponse directe de Scruton à Bourdieu. Les défenseurs de l'objectivité répondent souvent que l'origine sociale d'un goût ne prouve pas qu'il soit arbitraire : une compétence acquise dans un milieu, comme l'oreille d'un musicien, peut être réelle (notre résumé).
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : l'origine sociale du goût le disqualifie-t-elle, ou peut-on avoir acquis un goût dans un milieu et pourtant juger juste ? Sociologues et philosophes de l'art restent partagés (notre résumé).
A
Alexander Nehamas 2007 · attaque la prémisse 2

Nehamas soutient que l'expérience de la beauté nous donne envie de la partager, mais ne nous donne pas le droit d'exiger l'accord de tous : elle est plutôt une promesse de bonheur, qui nous pousse à chercher davantage d'une chose qui nous attire. Discuter et éduquer son goût, c'est alors cultiver un désir, non établir une vérité commune.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Scruton dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : l'accord des autres est-il ce que vise le jugement de beauté (Kant, Scruton), ou seulement ce que l'on en espère (Nehamas) ? Le désaccord porte sur le sens de la discussion esthétique (notre résumé).