Rien n'est bon en soi, sauf une conscience désirable
Le bien ultime est la conscience désirable
Le bien ultime est la conscience désirable, et elle se ramène au plaisir, c'est-à-dire au bonheur.
Une chose sans conscience ne vaut rien par elle-même : tout ce qu'on dit bon l'est par la vie consciente et heureuse qu'il procure.
« Rien n'est bon en soi, sauf une conscience désirable » est un argument de Henry Sidgwick (The Methods of Ethics, livre III, ch. 14 (1874 ; 7e éd. 1907), 1874) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le bien ultime est la conscience désirable, et elle se ramène au plaisir, c'est-à-dire au bonheur. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Beaucoup de choses nous paraissent bonnes : la vertu, le savoir, la beauté, la liberté. Sidgwick demande ce qui reste quand on se met à l'écart, au calme, et qu'on se demande pourquoi chacune compte. Sa réponse : un tableau, un théorème ou un mouvement de matière ne sont rien tant qu'aucun être conscient n'en profite. Parmi les états de conscience, seuls comptent ceux qui sont désirables pour celui qui les vit, et il appelle cela le bonheur ou le plaisir. Il ne dit pas que le savoir ou la vertu sont inutiles : il dit qu'ils valent par ce qu'ils apportent à des vies conscientes.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le bien ultime est un sentiment non douloureux, que son porteur trouve désirable, et qui n'est pourtant pas classé comme plaisir (par exemple une sérénité sans éclat). Sidgwick évite le cas en définissant le plaisir comme tout sentiment jugé désirable par celui qui l'éprouve.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
George Edward Moore 1903 · attaque la prémisse 4Imaginons deux mondes qu'aucun être humain ne verra jamais : l'un d'une beauté extrême, l'autre un tas d'immondices. Moore juge rationnel de penser qu'il vaut mieux que le premier existe, et que, si l'on pouvait, on devrait faire plutôt celui-là. Il admet que le cas est extrême et que, en pratique, les effets sur les êtres conscients passent d'abord. Mais une beauté que personne ne voit aurait donc une valeur en soi, et P4 est fausse.
Sidgwick répond
Imaginons deux mondes qu'aucun être humain ne verra jamais : l'un d'une beauté extrême, l'autre un tas d'immondices. Moore juge rationnel de penser qu'il vaut mieux que le premier existe, et que, si l'on pouvait, on devrait faire plutôt celui-là. Il admet que le cas est extrême et que, en pratique, les effets sur les êtres conscients passent d'abord. Mais une beauté que personne ne voit aurait donc une valeur en soi, et P4 est fausse.
Robert Nozick 1974 · attaque la prémisse 1Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences désirables, beaucoup refuseraient d'y entrer. Nous voulons faire certaines choses, et pas seulement avoir l'impression de les faire. Donc, ce qui compte en plus de l'expérience existe, et le bien ne se réduit pas à la conscience agréable.
Sidgwick répond
Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences désirables, beaucoup refuseraient d'y entrer. Nous voulons faire certaines choses, et pas seulement avoir l'impression de les faire. Donc, ce qui compte en plus de l'expérience existe, et le bien ne se réduit pas à la conscience agréable.
Emmanuel Kant 1785 · attaque la prémisse 3Rien n'est bon sans restriction, sinon une bonne volonté. Elle est bonne en soi, non par ce qu'elle obtient. Et le spectacle d'un être sans trace de bonne volonté, qui jouit d'une prospérité continue, ne peut jamais plaire à un spectateur raisonnable et impartial. Le bonheur n'est donc pas le bien ultime : la bonne volonté est sa condition.
Sidgwick répond
Rien n'est bon sans restriction, sinon une bonne volonté. Elle est bonne en soi, non par ce qu'elle obtient. Et le spectacle d'un être sans trace de bonne volonté, qui jouit d'une prospérité continue, ne peut jamais plaire à un spectateur raisonnable et impartial. Le bonheur n'est donc pas le bien ultime : la bonne volonté est sa condition.