QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Rien n'est bon en soi, sauf une conscience désirable
Qu'est-ce que le bonheur ?Le plaisir

Rien n'est bon en soi, sauf une conscience désirable

Le bien ultime est la conscience désirable

Henry Sidgwick 1838 · 1900Utilitariste de Cambridge qui a donné son nom au « paradoxe de l'hédonisme » : chercher trop le plaisir empêche de le trouver.
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Ce qu'il soutient

Le bien ultime est la conscience désirable, et elle se ramène au plaisir, c'est-à-dire au bonheur.

Pourquoi

Une chose sans conscience ne vaut rien par elle-même : tout ce qu'on dit bon l'est par la vie consciente et heureuse qu'il procure.

En bref

« Rien n'est bon en soi, sauf une conscience désirable » est un argument de Henry Sidgwick (The Methods of Ethics, livre III, ch. 14 (1874 ; 7e éd. 1907), 1874) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : le plaisir). Sa thèse : Le bien ultime est la conscience désirable, et elle se ramène au plaisir, c'est-à-dire au bonheur. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Methods of Ethics, livre III, ch. 14 (1874 ; 7e éd. 1907)
Valide avec une prémisse implicite

Beaucoup de choses nous paraissent bonnes : la vertu, le savoir, la beauté, la liberté. Sidgwick demande ce qui reste quand on se met à l'écart, au calme, et qu'on se demande pourquoi chacune compte. Sa réponse : un tableau, un théorème ou un mouvement de matière ne sont rien tant qu'aucun être conscient n'en profite. Parmi les états de conscience, seuls comptent ceux qui sont désirables pour celui qui les vit, et il appelle cela le bonheur ou le plaisir. Il ne dit pas que le savoir ou la vertu sont inutiles : il dit qu'ils valent par ce qu'ils apportent à des vies conscientes.

P1Si une qualité de la vie humaine est ultimement désirable, elle doit appartenir à la vie du côté psychique, c'est-à-dire à la conscience. Des mouvements de matière, pris en eux-mêmes, ne sont ni bons ni mauvais.
P2Toute conscience n'est pas désirable : la vie psychique contient la douleur aussi bien que le plaisir, et dans la mesure où elle est douloureuse, elle n'est pas désirable.
P3Une connaissance ou une volition, regardée comme un simple fait de l'expérience d'une personne et séparée du sentiment qui l'accompagne, est neutre du point de vue de ce qui est désirable.
P4Les « biens idéaux » (vérité, beauté, liberté, vertu), distingués de la conscience qui les accompagne et en résulte, ne sont pas désirables en dernier ressort. À tête reposée, on ne justifie leur importance que par ce qu'ils apportent au bonheur d'êtres sensibles.
P5 · prémisse impliciteUn sentiment qui n'est pas douloureux et que celui qui l'éprouve juge désirable est ce qu'on appelle un plaisir.
Donc le bien ultime est la conscience désirable, et elle se ramène au plaisir, c'est-à-dire au bonheur.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le bien ultime est un sentiment non douloureux, que son porteur trouve désirable, et qui n'est pourtant pas classé comme plaisir (par exemple une sérénité sans éclat). Sidgwick évite le cas en définissant le plaisir comme tout sentiment jugé désirable par celui qui l'éprouve.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. Le bien ultime appartient à la conscience (P1) : à un sentiment, une connaissance, une volition, ou à leurs liens avec des choses extérieures. Les connaissances et volitions seules sont neutres (P3), les « biens idéaux » pris à part de la conscience ne sont pas ultimement désirables (P4), et un sentiment douloureux ne l'est pas non plus (P2). Il reste le sentiment non douloureux, que P5 nomme plaisir. Les objections visent surtout P1 et P4 : on peut nier qu'une beauté que personne ne voit, ou le contact avec la réalité, soit sans valeur.
Analogie. Un billet de banque n'a de valeur que parce qu'on peut l'échanger contre autre chose. Si on se demande à quoi sert tout ce qu'on juge précieux, on arrive à ce qu'on vit : Sidgwick pense qu'au bout de la chaîne, il reste le bien-être de ceux qui vivent.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

George Edward Moore 1903 · attaque la prémisse 4

Imaginons deux mondes qu'aucun être humain ne verra jamais : l'un d'une beauté extrême, l'autre un tas d'immondices. Moore juge rationnel de penser qu'il vaut mieux que le premier existe, et que, si l'on pouvait, on devrait faire plutôt celui-là. Il admet que le cas est extrême et que, en pratique, les effets sur les êtres conscients passent d'abord. Mais une beauté que personne ne voit aurait donc une valeur en soi, et P4 est fausse.

Sidgwick répond
Henry Sidgwick (texte antérieur) 1874 · Sidgwick, déjà écrit avant Moore
Sidgwick écrit que l'on juge souvent bons certains objets ou paysages à cause de leur beauté, mais que personne ne trouverait rationnel de chercher à produire de la beauté dans la nature sans que quiconque puisse jamais la contempler. Moore cite ce passage pour s'y opposer.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : c'est un choc d'intuitions. Sidgwick et Moore décrivent le même cas imaginé et tirent le verdict opposé. Sidgwick n'a pas pu répondre à Moore, qui écrit après sa mort, mais le passage cité par Moore dit déjà ce qu'il en pensait.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Il n'existe pas de test accepté de tous pour trancher entre les deux intuitions. Les défenseurs de la thèse de Sidgwick répondent que le monde « sans témoin » est difficile à imaginer sans y mettre un spectateur.
Robert Nozick 1974 · attaque la prémisse 1

Si une machine pouvait nous donner toutes les expériences désirables, beaucoup refuseraient d'y entrer. Nous voulons faire certaines choses, et pas seulement avoir l'impression de les faire. Donc, ce qui compte en plus de l'expérience existe, et le bien ne se réduit pas à la conscience agréable.

Sidgwick répond
voir l'argument
Henry Sidgwick (cas voisin) 1874 · Sidgwick, sur la préférence pour le vrai
Sidgwick connaît ce genre de préférence. Un homme peut préférer saisir la vérité plutôt que de se reposer sur des fictions admises, même si c'est plus douloureux. Pour lui, ce qu'on préfère alors n'est pas la conscience elle-même, mais un lien entre l'esprit et quelque chose d'autre. Et si l'on apprenait ensuite que ce qu'on prenait pour la vérité n'en est pas, on sentirait que sa préférence était une erreur.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Sidgwick traite un cas voisin de la machine, pas la machine elle-même, qui date presque d'un siècle plus tard. Pour lui, la préférence pour le réel ne résiste pas au jugement calme. Pour Nozick, elle résiste, et elle montre que nous voulons être et faire, pas seulement sentir.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les deux camps font appel à ce qui nous paraît évident quand on y réfléchit, et ne s'accordent pas. Des enquêtes récentes montrent que la réponse dépend de la façon de poser la question.
Emmanuel Kant 1785 · attaque la prémisse 3

Rien n'est bon sans restriction, sinon une bonne volonté. Elle est bonne en soi, non par ce qu'elle obtient. Et le spectacle d'un être sans trace de bonne volonté, qui jouit d'une prospérité continue, ne peut jamais plaire à un spectateur raisonnable et impartial. Le bonheur n'est donc pas le bien ultime : la bonne volonté est sa condition.

Sidgwick répond
Henry Sidgwick (sur la vertu) 1874 · Sidgwick, sur la vertu et la douleur
Sidgwick juge la vertu précieuse, mais il la voit comme une partie du bien, par la conscience qui l'accompagne. Il note que les Grecs soutenaient qu'une vie vertueuse reste bonne même sous une douleur extrême. Un moderne, dit-il, n'oserait guère affirmer que la part de vie d'un martyr sous la torture est en elle-même désirable.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Sidgwick répond à l'idée que la vertu vaut en soi, pas à la formule de Kant sur le spectateur impartial. Pour Kant, la valeur de la bonne volonté ne dépend pas de ce qu'elle fait éprouver. Pour Sidgwick, une vertu sans conscience désirable n'est pas ultimement désirable.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond entre les éthiques du devoir et celles des conséquences, ouvert depuis Kant et Sidgwick et non tranché.