QuestionsL'être humain est-il bon par nature ?La ligne du bien et du mal passe par le cœur de chaque homme : il n'y a pas de race de méchants
L'être humain est-il bon par nature ?Les deux à la fois

La ligne du bien et du mal passe par le cœur de chaque homme : il n'y a pas de race de méchants

La ligne qui sépare le bien et le mal ; « qui acceptera de détruire un morceau de son propre cœur ? »

Alexandre Soljenitsyne 1918 · 2008Écrivain russe, huit ans dans les camps soviétiques, qui raconte ce monde dans L'Archipel du Goulag et y voit une ligne entre le bien et le mal qui passe par chaque cœur.
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Ce qu'il soutient

L'être humain porte en lui le meilleur et le pire. Il n'y a pas de race de méchants à séparer et à détruire, et le combat contre le mal commence par la ligne qui passe en chacun de nous.

Pourquoi

La ligne entre le bien et le mal ne sépare pas des groupes d'hommes : elle passe par le cœur de chacun et se déplace.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« La ligne du bien et du mal passe par le cœur de chaque homme : il n'y a pas de race de méchants » est un argument d'Alexandre Soljenitsyne (Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag, 1973 (partie I, chap. 4 ; partie IV, chap. 1), 1973) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : les deux à la fois). Sa thèse : L'être humain porte en lui le meilleur et le pire. Il n'y a pas de race de méchants à séparer et à détruire, et le combat contre le mal commence par la ligne qui passe en chacun de nous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag, 1973 (partie I, chap. 4 ; partie IV, chap. 1)
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi des hommes ordinaires deviennent-ils des gardiens, des juges d'instruction, des bourreaux ? Soljenitsyne a passé huit ans dans les camps soviétiques. Il note que ce serait simple s'il y avait quelque part des gens mauvais qui commettent insidieusement des mauvaises actions, et qu'il suffisait de les séparer des autres et de les détruire. Mais la ligne qui sépare le bien et le mal passe par le cœur de chaque être humain. Elle n'est pas fixe : elle se déplace en nous avec les années. Même dans un cœur envahi par le mal, un petit bastion de bien subsiste ; même dans le meilleur, il reste un coin de mal. L'argument ne dit pas que tous se valent. Il dit que personne n'est d'un seul côté, et que chacun doit d'abord regarder la ligne qui passe en lui.

P1On voudrait que le mal soit fait par des gens à part, qu'il suffirait de repérer et de détruire. Mais la ligne qui sépare le bien et le mal ne passe pas entre des groupes d'hommes : elle passe par le cœur de chaque être humain.
P2Soljenitsyne le constate d'abord sur lui-même : jeune officier sûr de lui, convaincu de bien faire, il se reconnaît capable de cruauté et d'abus de pouvoir. Il ne place pas ceux qui l'ont fait souffrir dans une espèce distincte de la sienne.
P3Cette ligne n'est pas fixe : elle se déplace en nous avec les années. Selon ce que nous faisons, la part du bien ou du mal s'étend ou recule.
P4Même dans un cœur envahi par le mal, un petit bastion de bien subsiste ; même dans le meilleur, il reste un petit coin de mal. Personne n'est donc entièrement d'un côté.
P5 · prémisse impliciteSi le bien et le mal passent par chaque cœur, se déplacent avec nos actes et ne laissent personne entièrement d'un côté, alors chaque être humain porte en lui les deux : un penchant au bien et un penchant au mal.
Donc l'être humain porte en lui le meilleur et le pire. Il n'y a pas de race de méchants à séparer et à détruire, et le combat contre le mal commence par la ligne qui passe en chacun de nous.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la ligne passe en chacun, se déplace, et laisse chacun des deux côtés, et où pourtant l'être humain n'a pas de penchant au mal : le mal pourrait être un simple effet de circonstances sur un fond neutre.
Sans la prémisse cachée P5, les quatre premières prémisses décrivent la ligne, son déplacement et la présence des deux côtés en chacun, sans dire en quoi cela revient à avoir « deux penchants ». Avec elle, la conclusion suit. Le point discutable est dans les prémisses : cette ligne est-elle dans le cœur, ou dans la situation ?
Analogie. On se représente souvent la frontière entre le bien et le mal comme celle qui sépare deux pays, avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Soljenitsyne dit qu'elle traverse le salon de chaque maison, et qu'elle se déplace d'une année à l'autre. Demander quel pays est le méchant est une façon d'éviter de regarder ce qui passe chez soi.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Jean-Jacques Rousseau 1755 · attaque la conclusion

Rousseau soutient que l'homme est naturellement bon et que c'est la société qui le déprave : les progrès qu'il a faits et les connaissances qu'il a acquises. Le mal qu'on trouve en l'homme ne vient donc pas d'un penchant de sa nature. La « ligne » de Soljenitsyne serait tracée par l'histoire, par les camps et par un régime, non par le cœur.

un défenseur répond
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Emmanuel Kant défenseur de l'argument · 1793 · Kant, le mal radical
Kant appelle le penchant au mal un mal radical et inné dans la nature humaine, qui doit pourtant être imputé à chacun : un mal que nous nous sommes attiré nous-mêmes. Il ne le fait pas venir d'une corruption de la société.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Kant et Rousseau diffèrent sur l'origine du mal, pas sur son existence. Chez Rousseau, il vient d'un état social qui altère une nature bonne. Chez Kant, il est un choix de la volonté, imputable à chacun. Soljenitsyne parle d'une ligne qui bouge avec les actes, ce qui est plus proche de Kant, mais il ne dit pas d'où elle vient.
Où en est le débat (notre résumé)Rousseau : le mal est un produit de la société sur une nature bonne. Kant : le penchant au mal est universel et imputable à la volonté de chacun. Le désaccord de fond demeure : le mal vient-il de l'organisation sociale, ou d'un penchant qu'elle trouve en nous ?
François de La Rochefoucauld 1678 · attaque la prémisse 4

La Rochefoucauld soutient que nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés : l'amour-propre se cache derrière les plus belles actions. Si c'est vrai, le « bastion de bien » qu'on croit trouver même chez le pire n'est qu'un intérêt qui se déguise, et la ligne ne sépare pas deux penchants mais un seul sous deux masques.

un défenseur répond
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C
C. Daniel Batson défenseur de l'argument · 1981 · Batson, l'altruisme existe
Résumé : à partir d'expériences où l'on pouvait aider une personne qui recevait des chocs électriques en prenant sa place, Batson et ses collègues soutiennent que l'empathie produit un motif d'aider qui vise le bien de l'autre et non le soulagement de soi. Les personnes qui éprouvent de l'empathie aident même quand elles pourraient échapper facilement à la scène.
R
Robert Cialdini 1987
Résumé : Cialdini et ses collègues répondent que l'aide fondée sur l'empathie peut s'expliquer par le désir de réduire sa propre tristesse, causée par la vue de quelqu'un qui souffre. Dans leurs expériences, l'effet de l'empathie disparaît quand les participants croient que leur tristesse a déjà été soulagée d'une autre façon.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : La Rochefoucauld écrit trois siècles plus tôt, et l'objection porte sur ce que contient le « bastion de bien ». Soljenitsyne ne discute pas ce point : il décrit ce qu'il a vu dans les camps. La psychologie expérimentale a repris la question sans la trancher.
Où en est le débat (notre résumé)La Rochefoucauld : la vertu est un vice déguisé. Batson : l'empathie peut produire un souci réel de l'autre. Cialdini : ce souci peut encore servir à soulager sa propre tristesse. Point ouvert : les expériences ne départagent pas clairement.
S
Stanley Milgram 1963 · attaque la prémisse 1

Dans les expériences de Milgram, des adultes ordinaires obéissent à un expérimentateur et envoient à un inconnu des chocs qu'ils croient dangereux, parfois jusqu'au maximum. Le comportement change beaucoup selon la situation (proximité de la victime, présence d'autres, légitimité de l'autorité). Cela suggère que ce qui sépare le bon geste du mauvais tient moins à une ligne dans le cœur de chacun qu'au dispositif où il se trouve.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Soljenitsyne dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Soljenitsyne ne mentionne pas Milgram. Mais sa thèse ne s'oppose pas à celle de la situation : si la ligne se déplace avec les circonstances et les actes, une situation qui pousse à obéir déplace la ligne. Ce qui sépare les deux lectures, c'est la place du choix personnel : Milgram montre que le cadre pèse beaucoup, Soljenitsyne maintient que chacun a une part de responsabilité dans le déplacement.
Où en est le débat (notre résumé)Milgram : la situation explique beaucoup de la conduite. Soljenitsyne : la ligne est en chacun et se déplace selon ses actes. Le désaccord de fond demeure : en quelle part le choix personnel compte-t-il, face à la pression du cadre ?