QuestionsL'Histoire a-t-elle un sens ?Le point Oméga : l'évolution monte vers la conscience, et un centre personnel l'attire
L'Histoire a-t-elle un sens ?Un plan divin

Le point Oméga : l'évolution monte vers la conscience, et un centre personnel l'attire

Le point Oméga ; la loi de complexité-conscience ; la noosphère

Pierre Teilhard de Chardin 1881 · 1955Jésuite et paléontologue qui lit dans l'évolution une montée de la conscience vers un point final, Oméga, qu'il identifie au Christ.
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Ce qu'il soutient

L'histoire, comme l'évolution dont elle est le prolongement, a un sens : elle monte vers un achèvement en Dieu, dont le point Oméga est le centre, et l'homme, qui peut refuser, est invité à y coopérer.

Pourquoi

L'évolution monte vers plus de conscience et converge ; pour ne pas s'effondrer, elle a besoin d'un centre personnel qui l'attire.

En bref

« Le point Oméga : l'évolution monte vers la conscience, et un centre personnel l'attire » est un argument de Pierre Teilhard de Chardin (Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain, écrit en 1938-1940, publié en 1955 (livre IV, « La Survie », et Épilogue), 1955) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : un plan divin). Sa thèse : L'histoire, comme l'évolution dont elle est le prolongement, a un sens : elle monte vers un achèvement en Dieu, dont le point Oméga est le centre, et l'homme, qui peut refuser, est invité à y coopérer. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain, écrit en 1938-1940, publié en 1955 (livre IV, « La Survie », et Épilogue)
Valide avec une prémisse implicite

Et si l'histoire humaine n'était que le prolongement d'une histoire plus longue, celle de la matière devenue vivante, puis pensante ? Teilhard voit dans l'évolution une montée : des ensembles toujours plus complexes sont aussi toujours plus conscients. Avec l'homme, la pensée devient capable de se réfléchir ; les hommes, liés par la parole et par la science, forment une couche pensante autour de la Terre, la noosphère, qui se resserre sur elle-même. Pour que cette convergence ait un terme et ne s'effondre pas, il faut, dit-il, un centre : le point Oméga, déjà existant, personnel, qui attire sans dissoudre les personnes. Il l'identifie à Dieu, et pour le croyant au Christ. Teilhard ne dit pas que l'issue est garantie : l'humanité peut refuser.

P1L'évolution n'est pas sans direction : au cours du temps, des ensembles de plus en plus complexes apparaissent et, avec leur complexité, un psychisme de plus en plus riche. Teilhard parle d'une loi de complexité-conscience.
P2Avec l'homme, la pensée devient réfléchie. Les hommes, reliés par le langage, les échanges et la science, forment sur Terre une couche pensante, la noosphère, qui ne peut plus se disperser sur une planète finie et se replie sur elle-même : le processus converge.
P3Une convergence de consciences qui ne se détruit pas elle-même a besoin d'un centre. Ce centre, Oméga, doit exister déjà, être personnel et hors du monde en évolution : il attire plus qu'il n'est construit.
P4L'union véritable différencie : plus les consciences se rapprochent de ce centre, plus chacune devient elle-même. Un centre impersonnel dissoudrait les personnes ; seul un centre personnel les achève.
P5 · prémisse impliciteUn centre personnel, déjà existant, hors du monde, qui attire l'histoire vers son achèvement, est ce que la tradition appelle Dieu agissant dans l'histoire. Son attraction est une providence.
Donc l'histoire, comme l'évolution dont elle est le prolongement, a un sens : elle monte vers un achèvement en Dieu, dont le point Oméga est le centre, et l'homme, qui peut refuser, est invité à y coopérer.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'évolution monte vers la conscience, converge vers un centre personnel existant, et où pourtant ce centre n'est pas Dieu et son attraction n'est pas une providence : un centre peut être un fait cosmique sans dessein.
Sans la prémisse cachée P5, les prémisses décrivent une montée, une convergence et un centre personnel nécessaire. Il faut ajouter que ce centre est Dieu et que son attraction est une providence. Teilhard le fait dans l'Épilogue et dans ses écrits religieux, hors du raisonnement scientifique qu'il veut tenir dans le reste du livre. Ses adversaires contestent la première prémisse (une direction dans l'évolution) et ce passage de la science à la théologie.
Analogie. Des gouttes de pluie sur un versant s'assemblent en ruisseaux, puis en rivière. Teilhard voit dans la vie quelque chose de semblable, avec une différence : le ruisseau ne va pas vers la mer par la seule pente, la mer l'attire. Plus on s'approche, plus chacun devient lui-même. Le point Oméga est cette mer, qui existe déjà quand le premier ruisseau coule.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

P
Peter Medawar 1961 · attaque la prémisse 1

Medawar, biologiste et prix Nobel, juge que l'essentiel du livre n'est pas un raisonnement scientifique mais un enchaînement de formules. Une « loi de complexité-conscience » ne se tire ni de la paléontologie ni de la biologie de l'évolution, et le livre prête aux faits des conclusions qu'ils ne donnent pas. L'ouvrage ne devrait pas être pris pour une science.

un défenseur répond
Julian Huxley défenseur de l'argument · 1959 · Huxley, introduction au livre
Résumé : dans son introduction à l'édition anglaise, Huxley, biologiste lui-même, salue l'effort de Teilhard pour replacer l'homme dans l'évolution et voir celle-ci comme un processus global, orienté vers plus d'organisation et de conscience. Il ne reprend pas toute la théologie de Teilhard.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : l'introduction de Huxley est antérieure à la critique de Medawar (1959 et 1961). Les deux biologistes jugent le livre de manière opposée. Le désaccord porte moins sur les faits que sur la possibilité de tirer d'eux une direction de l'évolution.
Où en est le débat (notre résumé)Medawar : le livre n'est pas de la science et sa loi ne repose sur aucun fait. Huxley : il offre une vue d'ensemble de l'évolution, orientée vers plus de conscience. Le désaccord de fond demeure : une direction de l'évolution se lit-elle dans les faits, ou y est-elle projetée ?
Stephen Jay Gould 1996 · attaque la prémisse 1

Gould soutient que l'évolution n'a pas de direction générale vers plus de complexité ou de conscience. La complexité maximale augmente parce que la vie a commencé tout près d'un plancher de simplicité, et que le hasard la fait dériver à partir de là. Les bactéries restent les plus nombreuses. Et si l'on rejouait le film de la vie, il n'y aurait aucune raison que l'homme revienne.

un défenseur répond
S
Simon Conway Morris défenseur de l'argument · 2003
Résumé : le paléontologue Simon Conway Morris défend que les mêmes solutions se retrouvent d'une lignée à l'autre (les yeux, par exemple, sont apparus de façon indépendante de nombreuses fois). L'évolution est contrainte par ce qui est possible, de sorte que rejouer le film donnerait des résultats proches, peut-être des êtres pensants.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Conway Morris défend la convergence évolutive, pas le point Oméga. Même si l'évolution produit des formes comparables, cela ne dit pas qu'elle monte vers un terme, et encore moins qu'un centre l'attire. La convergence biologique est un point d'appui pour l'idée de direction ; il reste un pas à faire jusqu'à la providence.
Où en est le débat (notre résumé)Gould : l'évolution est une dérive contingente, sans progrès. Conway Morris : les contraintes font converger la vie vers des solutions comparables. Le désaccord de fond demeure : le contingent est-il l'essentiel de l'histoire de la vie, ou le nécessaire ?
Walter Benjamin 1940 · attaque la conclusion

Benjamin décrit un ange qui, là où nous voyons une chaîne d'événements, voit une seule catastrophe qui amasse des ruines sur des ruines. Une tempête le pousse vers l'avenir, et cette tempête, c'est ce que nous appelons le progrès. Lire l'histoire comme une montée vers un achèvement, c'est oublier les vaincus et les ruines qu'elle laisse derrière.

sans réponse
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Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Chardin dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Benjamin et Teilhard écrivent à la même époque et ne se répondent pas. Teilhard n'ignore pas l'échec : il écrit que l'humanité peut refuser. Pour lui, les ruines sont la face d'un processus qu'on ne voit qu'à l'échelle des millénaires. Benjamin refuse cette échelle, qui oublie ceux qui ont payé.
Où en est le débat (notre résumé)Benjamin : l'histoire est une catastrophe, et le progrès est la tempête qui nous emporte. Teilhard : l'échelle longue de l'évolution dessine une montée, malgré les échecs. Le désaccord de fond demeure : à quelle échelle faut-il lire le sens de l'histoire, et que doit-on aux victimes ?