Tous les êtres aiment la vie et fuient la douleur
L'ahiṃsā (la non-violence) du jaïnisme
Aucun être qui respire, existe, vit et sent ne doit être tué, maltraité, tourmenté ou chassé, quelle que soit sa forme.
Tout être qui sent aime la vie et fuit la douleur comme moi : ce que je ne veux pas subir, il ne le veut pas, quelle que soit sa forme.
« Tous les êtres aiment la vie et fuient la douleur » est un argument de Mahāvīra (enseignement recueilli dans l'Ācārāṅga Sūtra) (Ācārāṅga Sūtra, I, 2, 3 ; I, 4, 1 ; I, 5, 5, 400 av. J.-C.) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : leur souffrance compte autant). Sa thèse : Aucun être qui respire, existe, vit et sent ne doit être tué, maltraité, tourmenté ou chassé, quelle que soit sa forme. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les jaïns, en Inde, font de la non-violence (ahiṃsā) la première règle de la vie. Dans l'Ācārāṅga Sūtra, le plus ancien livre de leur canon, le raisonnement est simple. Tous les êtres vivants, dit le texte, aiment la vie, aiment le plaisir et haïssent la douleur. Donc ce que je ferais subir à un autre, je le ferais subir à un être qui le vit comme moi : « comme il en serait pour toi, ainsi en est-il de celui que tu veux tuer ». La règle vaut pour tous les êtres qui respirent et sentent, humains ou animaux, sans exception ; le texte compte même parmi les vivants les plantes et des êtres de la terre, de l'eau, du feu et du vent. Le texte nomme même les raisons pour lesquelles on tue les animaux (sacrifices, peau, chair, sang) et les juge toutes mauvaises. Cet argument est attribué à Mahāvīra (traditionnellement 599-527 av. J.-C., plutôt Ve siècle pour les historiens), mais le livre n'est pas de sa main : il a été transmis oralement puis mis par écrit plus tard. Nous citons la traduction anglaise de Jacobi (1884), qui est du domaine public.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où un être sent la douleur et aime la vie, où le tourmenter est ce que je ne voudrais pas subir, et où pourtant on peut le tourmenter, parce qu'il appartient à une autre espèce et que cela compterait moins.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
René Descartes 1637 · attaque la prémisse 1Pour Descartes, les animaux n'ont ni raison ni langage. Leurs actes s'expliquent par la disposition de leurs organes, comme une horloge qui marque l'heure sans penser. Ils seraient donc des machines, et beaucoup de lecteurs en concluent qu'ils ne sentent pas la douleur comme nous : il n'y aurait personne qui aime la vie ou souffre.
un défenseur répond
Pour Descartes, les animaux n'ont ni raison ni langage. Leurs actes s'expliquent par la disposition de leurs organes, comme une horloge qui marque l'heure sans penser. Ils seraient donc des machines, et beaucoup de lecteurs en concluent qu'ils ne sentent pas la douleur comme nous : il n'y aurait personne qui aime la vie ou souffre.
Emmanuel Kant 1780 · attaque la conclusionPour Kant, nos devoirs concernent des êtres raisonnables. On ne doit pas être cruel envers les animaux, mais seulement parce que la cruauté nous rend durs envers les hommes. Le devoir ne porte donc pas sur l'animal lui-même.
un défenseur répond
Pour Kant, nos devoirs concernent des êtres raisonnables. On ne doit pas être cruel envers les animaux, mais seulement parce que la cruauté nous rend durs envers les hommes. Le devoir ne porte donc pas sur l'animal lui-même.
LLes Lois de Manu (tradition brahmanique) 100 · attaque la conclusionLes Lois de Manu, texte brahmanique de la même Inde, disent l'inverse pour le sacrifice : le Créateur lui-même a fait les animaux pour les sacrifices, et le sacrifice est institué pour le bien du monde. Tuer pour un sacrifice n'est donc pas « tuer » au sens ordinaire.
un défenseur répond
Les Lois de Manu, texte brahmanique de la même Inde, disent l'inverse pour le sacrifice : le Créateur lui-même a fait les animaux pour les sacrifices, et le sacrifice est institué pour le bien du monde. Tuer pour un sacrifice n'est donc pas « tuer » au sens ordinaire.