Une théorie est scientifique si elle peut être réfutée
La falsifiabilité
Une théorie n'est scientifique que si une observation possible peut la réfuter, et la science avance par conjectures et réfutations, non en accumulant des confirmations.
Mille cygnes blancs ne prouvent pas que tous le sont, mais un seul cygne noir le réfute : seule la réfutation possible est décisive.
« Une théorie est scientifique si elle peut être réfutée » est un argument de Karl Popper (Logik der Forschung, 1934 ; Conjectures and Refutations, 1963, 1934) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : vraie, mais pas tout). Sa thèse : Une théorie n'est scientifique que si une observation possible peut la réfuter, et la science avance par conjectures et réfutations, non en accumulant des confirmations. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Comment distinguer une théorie scientifique d'une théorie qui n'en a que l'air ? Le jeune Popper, à Vienne en 1919, est frappé par un fait. Marx, Freud et Adler expliquent tout : quoi qu'il arrive, leurs partisans y voient une confirmation. Einstein, lui, prend un risque : il annonce que la lumière des étoiles sera déviée près du Soleil, et si l'éclipse ne le montre pas, sa théorie est fausse. Popper en tire l'idée suivante. Aucun nombre d'observations ne peut prouver une loi universelle, mais une seule observation contraire peut la réfuter. Une théorie est donc scientifique quand elle interdit quelque chose, c'est-à-dire quand une observation possible pourrait la contredire. Et la science avance en proposant des conjectures audacieuses, puis en essayant de les réfuter.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la vérification est impossible, où la théorie est scientifique, et où pourtant elle n'est pas réfutable : l'expérience la départagerait alors d'une façon que ni la vérification ni la réfutation ne décrivent. P4 écarte ce troisième moyen.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Pierre Duhem 1906 · attaque la prémisse 2Le physicien ne peut jamais soumettre à l'expérience une hypothèse toute seule, mais seulement tout un ensemble d'hypothèses. Quand l'expérience contredit la prévision, elle lui apprend qu'une des hypothèses au moins est inacceptable, mais elle ne lui dit pas laquelle. Une observation contraire ne réfute donc jamais une loi à elle seule.
Popper répond
Le physicien ne peut jamais soumettre à l'expérience une hypothèse toute seule, mais seulement tout un ensemble d'hypothèses. Quand l'expérience contredit la prévision, elle lui apprend qu'une des hypothèses au moins est inacceptable, mais elle ne lui dit pas laquelle. Une observation contraire ne réfute donc jamais une loi à elle seule.
Willard Van Orman Quine 1951 · attaque la prémisse 2Nos énoncés sur le monde extérieur ne comparaissent pas un par un devant le tribunal de l'expérience sensible : ils y comparaissent ensemble, comme un corps. Quine généralise ainsi la thèse de Duhem, qu'il cite, à l'ensemble de nos connaissances.
Popper répond
Nos énoncés sur le monde extérieur ne comparaissent pas un par un devant le tribunal de l'expérience sensible : ils y comparaissent ensemble, comme un corps. Quine généralise ainsi la thèse de Duhem, qu'il cite, à l'ensemble de nos connaissances.
Thomas Kuhn 1962 · attaque la prémisse 5Les scientifiques ne rejettent pas une théorie à la première observation qui la contredit. Dans la « science normale », ils tiennent ces anomalies pour des problèmes à résoudre dans le cadre du paradigme, et ne changent de paradigme qu'en période de crise. Chercher à réfuter sa théorie n'est donc pas ce que fait d'ordinaire le chercheur (voir l'argument de Kuhn sur les paradigmes, en préparation).
Popper répond
Les scientifiques ne rejettent pas une théorie à la première observation qui la contredit. Dans la « science normale », ils tiennent ces anomalies pour des problèmes à résoudre dans le cadre du paradigme, et ne changent de paradigme qu'en période de crise. Chercher à réfuter sa théorie n'est donc pas ce que fait d'ordinaire le chercheur (voir l'argument de Kuhn sur les paradigmes, en préparation).
IImre Lakatos 1970 · attaque la conclusionIl faut distinguer chez Popper deux positions. La falsifiabilité « naïve » (une observation contraire suffit à rejeter) est intenable, et Kuhn a raison de la critiquer. Une position plus fine est défendable : on ne juge pas une théorie isolée, mais une série de théories, qui doit produire des faits nouveaux. Il n'y a de réfutation que s'il existe une meilleure théorie.
sans réponse
Il faut distinguer chez Popper deux positions. La falsifiabilité « naïve » (une observation contraire suffit à rejeter) est intenable, et Kuhn a raison de la critiquer. Une position plus fine est défendable : on ne juge pas une théorie isolée, mais une série de théories, qui doit produire des faits nouveaux. Il n'y a de réfutation que s'il existe une meilleure théorie.