QuestionsFaut-il croire sans preuve ?Les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires
Faut-il croire sans preuve ?Pas de croyance sans preuve

Les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires

Le critère de Sagan ; ECREE

Carl Sagan 1934 · 1996Astronome et vulgarisateur qui a popularisé l'exigence de preuves solides pour les affirmations hors du commun.
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Ce qu'il soutient

Tant que les preuves extraordinaires manquent, on n'a pas de raison de croire une affirmation extraordinaire ; on peut l'étudier sans la croire.

Pourquoi

Plus une affirmation s'écarte de ce que l'on sait, plus il faut de preuves solides, et c'est à celui qui l'avance de les fournir.

La même idée à travers l'histoire
Hume1748Hume pose le principe de fond : le sage proportionne sa croyance à l'évidence, et nul témoignage ne suffit à établir un miracle si sa fausseté ne serait pas plus miraculeuse que le fait.William K. Clifford1877Clifford en fait une règle morale : il est mal de croire sans preuves suffisantes.
Carl Sagan1979Dans Broca's Brain, à propos de la pseudoscience, Sagan écrit que l'extraordinaire doit être exploré, mais que les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Il reprend la formule dans la série Cosmos (1980).
Pierre-Simon de Laplace1814« Plus un fait est extraordinaire, plus il a besoin d'être appuyé de fortes preuves » : l'ancêtre de la formule de Sagan. Laplace en donne la raison : ceux qui attestent le fait peuvent tromper ou être trompés, et ces deux causes sont d'autant plus probables que le fait l'est moins en lui-même.
En bref

« Les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires » est un argument de Carl Sagan (Broca's Brain, 1979 ; Cosmos, 1980, 1979) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : pas de croyance sans preuve). Sa thèse : Tant que les preuves extraordinaires manquent, on n'a pas de raison de croire une affirmation extraordinaire ; on peut l'étudier sans la croire. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Broca's Brain, 1979 ; Cosmos, 1980
Valide avec une prémisse implicite

En 1979, dans Broca's Brain, l'astronome Carl Sagan rend compte d'un débat au sein d'un comité de sceptiques américains : faut-il combattre toutes les doctrines qui sentent la pseudoscience, ou juger chaque question sur ses mérites en faisant porter la charge de la preuve sur ceux qui avancent les propositions ? Il se range dans le second camp. L'extraordinaire doit être exploré, écrit-il, mais les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. La formule, reprise dans la série Cosmos (1980), prolonge un principe plus ancien, celui de Hume sur les miracles. Elle porte sur toute affirmation hors du commun, y compris dans le domaine religieux. Précision : Sagan ne la propose pas comme un argument démontré, mais comme une règle de méthode ; nous n'avons relu que le passage de Broca's Brain, non le texte de Cosmos.

P1Chaque question doit être jugée sur ses mérites, mais la charge de la preuve revient à celui qui avance la proposition.
P2L'extraordinaire doit être exploré, non écarté d'avance.
P3 · prémisse impliciteUne affirmation qui contredit beaucoup de ce qui est solidement établi est, avant examen, moins vraisemblable : le sage proportionne sa croyance à l'évidence, donc il lui faut des preuves d'autant plus fortes.
Donc, tant que les preuves extraordinaires manquent, on n'a pas de raison de croire une affirmation extraordinaire ; on peut l'étudier sans la croire.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où la charge de la preuve revient à l'auteur de l'affirmation et où l'on examine l'extraordinaire, mais où des preuves ordinaires suffiraient à croire une affirmation hors du commun.
Valide avec P3. Sans P3, rien ne dit que la quantité de preuves requise grandit avec l'étrangeté de l'affirmation ; on pourrait demander les mêmes preuves pour toutes. P3 est la prémisse débattue : qui décide de ce qui est « extraordinaire », et par rapport à quel savoir de départ ? Et dans quelle mesure toute croyance a-t-elle besoin de preuves ?
Analogie. Si ton voisin dit qu'il a acheté un chat, tu le crois. S'il dit qu'il a un dragon dans son garage, tu veux voir le dragon, et pas seulement l'entendre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

M
Marcello Truzzi 1987 · attaque la prémisse 1

Truzzi, sociologue et sceptique, accepte la règle : plus une affirmation est extraordinaire, plus la charge de la preuve est lourde. Mais il distingue le vrai sceptique, qui dit seulement « ce n'est pas prouvé », du « pseudo-sceptique », qui nie. Celui qui affirme qu'un résultat étrange vient d'une erreur ou d'une tricherie avance lui aussi une thèse, et doit donc la prouver à son tour.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Sagan dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Sagan écrit qu'il faut explorer l'extraordinaire (P2) et juger chaque question sur ses mérites : cela ne répond pas directement à Truzzi, mais montre que Sagan ne demande pas de nier sans examen.
Où en est le débat (notre résumé)Truzzi et Sagan s'accordent sur la règle ; ils diffèrent sur son usage. Pour Truzzi, la charge pèse aussi sur celui qui avance une contre-explication ; Sagan ne parle que de celui qui propose. Tous deux jugent que nier sans enquête est un défaut.
Alvin Plantinga 2000 · attaque la prémisse 3

Exiger des preuves pour toute croyance est une exigence que l'on ne tient pas pour d'autres croyances (la mémoire, les autres esprits). Certaines croyances sont de « base » : des points de départ de la pensée, rationnels sans preuve. La croyance en Dieu peut en faire partie, et le critère de Sagan ne s'y applique pas.

un défenseur répond
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William Kingdon Clifford défenseur de l'argument · 1877
Clifford soutient la règle contraire : il est mauvais, toujours, partout et pour tout le monde, de croire quoi que ce soit sur des preuves insuffisantes. Ce texte précède Plantinga d'un siècle ; il ne lui répond pas directement.
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William James 1896
James répond à Clifford que notre nature passionnelle peut et doit trancher, quand l'option est réelle et que les preuves ne peuvent pas la décider. La règle de Clifford ne vaudrait pas pour ces cas.
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Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond : toute croyance doit-elle être soutenue par des preuves, ou certaines peuvent-elles servir de point de départ ? Il oppose Clifford à James et à Plantinga depuis plus d'un siècle, et n'est pas tranché (notre résumé).
R
Richard Price 1767 · attaque la prémisse 3

Contre Hume, Price note qu'un tirage de loterie précis est improbable au-delà de toute idée : avec 50 000 billets, chaque ordre de sortie n'a presque aucune chance. Pourtant, le témoignage d'un journal ou de n'importe qui suffit à nous le faire croire. Une affirmation très improbable n'exige donc pas toujours des preuves hors du commun.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1767, après sa mort (1996).
Le débat continue (notre résumé) Price écrit deux siècles avant Sagan, contre Hume. Un partisan de Sagan répond qu'un tirage précis est improbable mais pas extraordinaire : il faut bien qu'un tirage ait lieu, et il ne contredit rien de ce que l'on sait. Un partisan de Price répond qu'il faut alors dire ce qui rend une affirmation « extraordinaire », et que le critère ne le dit pas.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : le critère de Sagan ne définit pas « extraordinaire ». Ses partisans entendent par là ce qui contredit le savoir établi, et non le simple improbable ; ses critiques y voient un risque de conservatisme. Aucune règle précise ne fait consensus.