QuestionsQui suis-je vraiment ?Je peux tout savoir de mon cerveau sans savoir si je survis : je suis donc plus que mon cerveau
Qui suis-je vraiment ?Une âme

Je peux tout savoir de mon cerveau sans savoir si je survis : je suis donc plus que mon cerveau

L'argument de la division du cerveau

Richard Swinburne né en 1934L'existence de Dieu est l'explication la plus simple de l'univers, de son ordre et de la conscience.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Il y a en moi plus que la matière de mon corps et de mon cerveau : une partie essentielle, non physique, que Swinburne appelle l'âme, et dont la continuation fait que ce cerveau et ce corps sont les miens.

Pourquoi

Si l'on coupe un cerveau en deux et qu'on greffe chaque moitié, on sait tout de la matière mais pas lequel des deux survivants sera moi.

En bref

« Je peux tout savoir de mon cerveau sans savoir si je survis : je suis donc plus que mon cerveau » est un argument de Richard Swinburne (The Existence of God, 2e éd., ch. 9 (2004) ; « Personal Identity: The Dualist Theory » (1984), 1984) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : Il y a en moi plus que la matière de mon corps et de mon cerveau : une partie essentielle, non physique, que Swinburne appelle l'âme, et dont la continuation fait que ce cerveau et ce corps sont les miens. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

The Existence of God, 2e éd., ch. 9 (2004) ; « Personal Identity: The Dualist Theory » (1984)
Valide avec une prémisse implicite

Imaginons que mon cerveau soit coupé en deux et que chaque moitié soit greffée dans un crâne vide, de sorte qu'il y ait deux personnes vivantes et conscientes. Swinburne constate que je pourrais connaître tout ce qui est arrivé à chaque atome de mon cerveau, et pourtant ne pas savoir lequel de ces deux êtres est moi : le premier, le second, ou aucun. Ce serait bien une question de fait, pas de mot : le chirurgien qui promet une vie heureuse à l'un et la torture à l'autre me laisse devant une vraie question. Donc, dit-il, il y a en moi plus que la matière : une partie essentielle, non physique, qu'il appelle l'âme.

P1Imaginons mon cerveau divisé en deux et chaque moitié greffée dans un crâne vide, avec ce qu'il faut pour que deux personnes vivantes et conscientes en résultent. Swinburne n'y voit aucune difficulté théorique insurmontable.
P2Les deux personnes ne peuvent pas être moi : si les deux étaient identiques à moi, elles seraient la même personne l'une que l'autre, et elles ne le sont pas. Reste : celle de la moitié droite, celle de la moitié gauche, ou aucune.
P3Connaître tout ce qui arrive aux cerveaux, aux corps ou à toute autre chose physique ne dit pas lequel de ces trois cas est le bon. On ne sait pas ce qui arrive aux personnes.
P4Ce n'est pas une affaire de définition : c'est une vraie question de fait. Si le chirurgien promet à l'un des survivants une vie heureuse et à l'autre la torture, savoir si ma vie future sera heureuse ou douloureuse, ou si je survis, est clairement une question de fait.
P5 · prémisse impliciteSi une vraie question de fait sur ma survie reste ouverte quand on connaît tous les faits physiques, alors il y a en moi une partie essentielle qui n'est pas physique.
Donc il y a en moi plus que la matière de mon corps et de mon cerveau : une partie essentielle, non physique, que Swinburne appelle l'âme, et dont la continuation fait que ce cerveau et ce corps sont les miens.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la question reste ouverte et factuelle, et où pourtant tout est physique : par exemple parce qu'il existe un fait physique que nous ne connaissons pas encore, comme un détail du cerveau qui détermine lequel des deux survivants continue la même personne.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. La division du cerveau est possible (P1). Les deux survivants ne peuvent pas tous deux être moi (P2). Les faits physiques ne disent pas lequel l'est (P3). Cette question est factuelle (P4). Donc, par P5, il y a un fait sur moi qui n'est pas physique. Les objections visent P4 (n'y a-t-il pas ici simplement un choix de mots ?) et P5 (un fait non physique, est-ce forcément une âme ?).
Analogie. Imagine deux paquets de feuilles obtenus en coupant un livre en deux. On peut connaître chaque mot et chaque page, et pourtant la question « quelle moitié est le livre ? » ne se résout pas en comptant les mots. Swinburne pense qu'il en va de même de « quelle moitié est moi ? » : elle porte sur autre chose que les parties.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Derek Parfit 1984 · attaque la prémisse 4

Il n'y a pas de « fait supplémentaire » sur l'identité personnelle, profond et distinct des faits physiques et psychologiques. Parfit pense avoir assez de preuves pour rejeter cette idée. Dans le cas de la division, la question « lequel est moi ? » est vide : savoir tout ce qui se passe suffit à tout savoir.

Swinburne répond
voir l'argument
Richard Swinburne 2004 · Swinburne, dans le même texte
Swinburne écrit qu'il est tentant de dire que c'est affaire de définition arbitraire, mais qu'il faut résister à cette tentation : il y a une vraie question de fait. Il l'illustre par le chirurgien fou qui promet à une moitié une vie heureuse et à l'autre la torture : savoir si ma vie sera heureuse ou douloureuse, ou si je survis, est clairement une question de fait.
Derek Parfit 1984
Parfit répond que ce qui compte n'est pas l'identité mais la relation R : la continuité et la connexion psychologiques avec la bonne cause. Le chirurgien ne pose donc pas la question qu'on croit : on peut tout savoir de la relation R entre moi et chaque survivant, et c'est cela qui compte pour mon avenir.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Parfit (Reasons and Persons) et Swinburne (Personal Identity) publient la même année, 1984. Le passage de Swinburne cité plus haut vient de sa version de 2004 : il répond à l'objection générale « c'est une affaire de mots », pas à Parfit lui-même.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond. Pour Swinburne, la question « qu'est-ce qui m'arrive ? » a toujours une réponse vraie ou fausse. Pour Parfit, ce n'est pas le cas, et ce qui compte se laisse mesurer sans elle.
David Lewis 1976 · attaque la prémisse 2

Dans le cas de la division, on peut dire que, avant l'opération, il y avait déjà deux personnes qui partageaient le même corps et la même vie mentale, jusqu'à l'opération. Après la division, chacune continue seule. Les deux survivants sont alors deux personnes qui existaient déjà. Il n'y a donc pas de question « lequel est moi ? » sans réponse.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Swinburne dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : la réponse de Swinburne à Lewis n'a pas été trouvée dans nos sources. La difficulté de l'idée de Lewis est de compter les personnes avant l'opération : on n'en compte habituellement qu'une.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les philosophes qui acceptent de compter deux personnes avant la division évitent l'argument de Swinburne, mais au prix d'une idée peu intuitive.
Sydney Shoemaker 1984 · attaque la prémisse 5

Dans le même volume, Shoemaker défend une vue matérialiste : l'identité personnelle tient à une continuité psychologique réalisée dans le cerveau, sans âme. Il n'y a pas besoin de supposer un fait non physique pour expliquer ce qui arrive aux personnes dans les cas de greffe.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Swinburne dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : les deux auteurs ont écrit ensemble un livre où chacun défend sa thèse. Nous n'avons pas relu les échanges directs entre eux (livre sous droits), et ne les rapportons donc pas.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Le cas des cerveaux divisés est un test que les deux camps disent avoir réussi.