Le Fils de Dieu est mort : c'est croyable, parce que c'est inepte
« Credo quia absurdum » (formule déformée) ; « Qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem ? »
Le message chrétien est digne de foi sans la philosophie, qui n'en est ni la source ni la condition : son étrangeté même est une raison d'y croire.
Ce que les hommes n'auraient pas inventé, parce que cela leur paraît absurde, mérite d'être cru.
« Le Fils de Dieu est mort : c'est croyable, parce que c'est inepte » est un argument de Tertullien (De carne Christi, 5 ; De praescriptione haereticorum, 7, 206) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : la foi va au-delà). Sa thèse : Le message chrétien est digne de foi sans la philosophie, qui n'en est ni la source ni la condition : son étrangeté même est une raison d'y croire. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
On résume souvent Tertullien (Carthage, vers 155-220) par la phrase « Je crois parce que c'est absurde » (credo quia absurdum). Il ne l'a jamais écrite. C'est une déformation tardive : d'après l'historien Peter Harrison, on la trouve sous une forme proche en 1643 chez Thomas Browne, et c'est au siècle des Lumières qu'elle devient le slogan de la foi contre la raison. Ce que Tertullien écrit, dans De carne Christi (5), est plus précis. Il répond à Marcion, pour qui le Christ n'avait pas eu un vrai corps, car un Dieu né, crucifié et mort serait indigne de Dieu. Tertullien accepte cette honte : « Le Fils de Dieu est mort : c'est tout à fait croyable, parce que c'est inepte (ineptum, c'est-à-dire déplacé, sot). Il a été enseveli et il est ressuscité : c'est certain, parce que c'est impossible. » Les spécialistes ne lisent pas là un rejet de toute raison. Robert Sider (1980), après James Moffatt (1916), y voit un argument de probabilité tiré de la Rhétorique d'Aristote : une histoire si choquante n'a pas pu être inventée par des hommes, et c'est une raison de la croire. Dans un autre texte, la Prescription contre les hérétiques (7), Tertullien pose la question restée célèbre : « Qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem ? » Pour lui, la philosophie est la mère des hérésies, et celui qui a reçu l'Évangile n'a plus besoin de « curiosité » ni de recherche. Voici cette thèse sous sa forme la plus forte : la foi chrétienne se tient d'elle-même, sans que la philosophie ait à la fonder ou à la juger.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le message est inepte, ne vient pas de la philosophie et n'en a pas besoin, sans qu'il soit pour autant digne de foi : la conclusion ne suit pas.
Objections
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Augustin attaque la prémisse 3Pour Augustin, croire et comprendre ne s'excluent pas : il faut croire pour comprendre, et comprendre un peu pour croire. Il conclut : « Comprends ma parole pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre. » Sermon prêché au début du Ve siècle.
un défenseur répond
Pour Augustin, croire et comprendre ne s'excluent pas : il faut croire pour comprendre, et comprendre un peu pour croire. Il conclut : « Comprends ma parole pour croire, et crois la parole de Dieu pour comprendre. » Sermon prêché au début du Ve siècle.
Thomas d'Aquin 1259 · attaque la prémisse 1Thomas répond que seul le faux est le contraire du vrai. La vérité de la foi ne peut donc pas être contraire aux principes que la raison connaît naturellement (Somme contre les Gentils, I, 7).
un défenseur répond
Thomas répond que seul le faux est le contraire du vrai. La vérité de la foi ne peut donc pas être contraire aux principes que la raison connaît naturellement (Somme contre les Gentils, I, 7).