Voltaire
Écraser l'intolérance par la raison et l'ironie.
Demandez à un crapaud ce que c'est que la beauté
Le beau qui s'adresse aux sens, à l'imagination et à l'esprit est « souvent très relatif » : il n'existe pas de beau en essence, le même pour tous les êtres.
Chaque être trouve beau ce qui lui plaît, et ce qui change selon celui qui regarde n'est pas une propriété des choses.
Un jour, Voltaire va voir une tragédie avec un philosophe. « Que cela est beau ! » dit celui-ci. Voltaire lui demande pourquoi, puis lui fait remarquer qu'une médecine qui guérit aurait alors droit au même mot. Le philosophe finit par admettre que le beau est ce qui cause de l'admiration et du plaisir. Plus tard, les deux amis voient la même pièce en Angleterre, bien traduite : les spectateurs bâillent. Voltaire en tire sa leçon, avec un crapaud pour témoin : si l'on demande à un crapaud ce qu'est la beauté, il répondra que c'est sa crapaude. Le beau change avec l'espèce, le pays et la coutume. Mais Voltaire ajoute une limite dans le même article : il y a un beau qui parle au coeur, et celui-là fait l'unanimité.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où le beau se définit par le plaisir et varie d'un être à l'autre, et où pourtant il serait une vraie propriété des choses : par exemple si certains regardeurs voyaient mieux que d'autres, comme certains entendent mieux la musique. C'est l'objection de Platon et des défenseurs d'une norme du goût.
Objections
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Platon 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 3Les belles choses de ce monde sont belles sous un rapport et laides sous un autre, à un moment et pas à un autre, pour les uns et pas pour les autres. Mais le Beau lui-même n'est pas ainsi : il est toujours le même, sans partie laide, sans rapport ni point de vue. Que les belles choses changent de visage n'empêche pas qu'il existe un Beau qui ne change pas, auquel elles participent.
Voltaire répond
Les belles choses de ce monde sont belles sous un rapport et laides sous un autre, à un moment et pas à un autre, pour les uns et pas pour les autres. Mais le Beau lui-même n'est pas ainsi : il est toujours le même, sans partie laide, sans rapport ni point de vue. Que les belles choses changent de visage n'empêche pas qu'il existe un Beau qui ne change pas, auquel elles participent.
Emmanuel Kant 1790 · attaque la prémisse 2Pour ce qui est simplement agréable (le vin des Canaries), chacun peut dire « c'est agréable pour moi » et il serait absurde de se disputer. Mais celui qui dit « c'est beau » ne parle pas pour lui seul : il ne peut pas appeler beau ce qui ne fait que lui plaire. Il exige l'accord des autres, comme si la beauté était une propriété de la chose. La diversité des goûts prouve donc seulement que l'on confond souvent l'agréable avec le beau.
un défenseur répond
Pour ce qui est simplement agréable (le vin des Canaries), chacun peut dire « c'est agréable pour moi » et il serait absurde de se disputer. Mais celui qui dit « c'est beau » ne parle pas pour lui seul : il ne peut pas appeler beau ce qui ne fait que lui plaire. Il exige l'accord des autres, comme si la beauté était une propriété de la chose. La diversité des goûts prouve donc seulement que l'on confond souvent l'agréable avec le beau.
Voltaire (dans le même article) 1770 · attaque la conclusionIl y a des actions que le monde entier trouve belles, et de grandes maximes de morale que les peuples admirent également. Le beau qui ne frappe que les sens, l'imagination et l'esprit est donc souvent incertain ; le beau qui parle au coeur ne l'est pas. Même le méchant reconnaît la beauté des vertus qu'il n'ose imiter.
sans réponse
Il y a des actions que le monde entier trouve belles, et de grandes maximes de morale que les peuples admirent également. Le beau qui ne frappe que les sens, l'imagination et l'esprit est donc souvent incertain ; le beau qui parle au coeur ne l'est pas. Même le méchant reconnaît la beauté des vertus qu'il n'ose imiter.