La loi morale suppose un législateur
L'argument moral
Dieu existe : sa nature parfaitement bonne est la mesure du bien, et ses commandements font nos devoirs.
Des devoirs moraux objectifs ont besoin d'un fondement réel, et ni la nature, ni l'évolution, ni la société ne peuvent le fournir.
« La loi morale suppose un législateur » est un argument de C. S. Lewis (Lewis, Mere Christianity (1952), livre I ; Craig (1997), 1952) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Dieu existe : sa nature parfaitement bonne est la mesure du bien, et ses commandements font nos devoirs. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand deux personnes se disputent, chacune essaie de montrer que l'autre a tort. C'est le point de départ de C. S. Lewis, dans des causeries à la radio anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale : même celui qui dit que le bien et le mal n'existent pas proteste dès qu'on est injuste avec lui. Nous connaissons donc une loi morale que nous n'avons pas inventée. D'où vient-elle ? Pour Lewis, une loi qui donne des ordres renvoie à quelqu'un qui les donne. William Lane Craig en a tiré la forme qu'on discute aujourd'hui : si Dieu n'existe pas, il n'y a pas de valeurs ni de devoirs moraux objectifs (vrais même si tout le monde pensait le contraire) ; or il y en a ; donc Dieu existe. Ici, la première prémisse de Craig est découpée en deux, pour faire voir l'idée cachée sur laquelle tout le débat repose.
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Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un monde où les valeurs objectives existent, où Dieu n'existe pas, et où ces valeurs n'ont simplement aucun fondement : elles sont vraies, et c'est tout, comme on pense souvent que « 2 + 2 = 4 » est vrai sans que rien ne le rende vrai. C'est exactement la position de Wielenberg.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Platon (le dilemme d'Euthyphron) 399 av. J.-C. · attaque la prémisse 3Le bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Dans le premier cas, la morale devient arbitraire : Dieu aurait pu ordonner la cruauté. Dans le second, le bien existe avant Dieu et sans lui : Dieu n'est plus son fondement, et P3 tombe. (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)
Lewis répond
Le bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Dans le premier cas, la morale devient arbitraire : Dieu aurait pu ordonner la cruauté. Dans le second, le bien existe avant Dieu et sans lui : Dieu n'est plus son fondement, et P3 tombe. (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)
Voir la suite du débat (2)
Erik Wielenberg 2014 · attaque la prémisse 2On peut être réaliste en morale sans Dieu. Certaines vérités morales sont nécessaires et premières : la souffrance gratuite est mauvaise, et ce fait n'a pas besoin d'être fondé sur autre chose, ni sur Dieu ni sur nos opinions. Le théiste aussi a de telles vérités premières (« Dieu est digne d'adoration ») : les deux camps ont des axiomes moraux, ils n'en choisissent simplement pas les mêmes (Robust Ethics, 2014 ; débat avec Craig, 2018).
Lewis répond
On peut être réaliste en morale sans Dieu. Certaines vérités morales sont nécessaires et premières : la souffrance gratuite est mauvaise, et ce fait n'a pas besoin d'être fondé sur autre chose, ni sur Dieu ni sur nos opinions. Le théiste aussi a de telles vérités premières (« Dieu est digne d'adoration ») : les deux camps ont des axiomes moraux, ils n'en choisissent simplement pas les mêmes (Robust Ethics, 2014 ; débat avec Craig, 2018).
John L. Mackie 1977 · attaque la prémisse 1Des valeurs objectives seraient des choses très bizarres, sans équivalent dans l'univers : des faits qui contiendraient en eux-mêmes un ordre (« fais ceci »), et qu'il faudrait connaître par une faculté spéciale. Il est plus simple de penser qu'elles n'existent pas : nos jugements moraux visent bien quelque chose d'objectif, mais ils se trompent tous (théorie de l'erreur). Mackie accorde même, en 1982, que de telles valeurs, si elles existaient, rendraient Dieu plus probable : c'est une raison de plus, pour lui, de rejeter P1 plutôt que la conclusion.
Lewis répond
Des valeurs objectives seraient des choses très bizarres, sans équivalent dans l'univers : des faits qui contiendraient en eux-mêmes un ordre (« fais ceci »), et qu'il faudrait connaître par une faculté spéciale. Il est plus simple de penser qu'elles n'existent pas : nos jugements moraux visent bien quelque chose d'objectif, mais ils se trompent tous (théorie de l'erreur). Mackie accorde même, en 1982, que de telles valeurs, si elles existaient, rendraient Dieu plus probable : c'est une raison de plus, pour lui, de rejeter P1 plutôt que la conclusion.
Sharon Street (l'explication par l'évolution) 2006 · attaque la prémisse 1La sélection naturelle a beaucoup influencé nos jugements de valeur : aimer ses enfants, rendre service à qui nous aide, punir les tricheurs aidait à survivre et à se reproduire. Si les vérités morales sont indépendantes de nous, il faudrait un hasard incroyable pour que l'évolution nous ait poussés justement vers elles. Attention : cette objection ne vise pas seulement les théistes. Elle gêne tous ceux qui croient à des valeurs objectives, y compris les athées réalistes comme Wielenberg. Street en conclut que les valeurs dépendent de nos attitudes, pas qu'il n'y a plus de morale.
Lewis répond
La sélection naturelle a beaucoup influencé nos jugements de valeur : aimer ses enfants, rendre service à qui nous aide, punir les tricheurs aidait à survivre et à se reproduire. Si les vérités morales sont indépendantes de nous, il faudrait un hasard incroyable pour que l'évolution nous ait poussés justement vers elles. Attention : cette objection ne vise pas seulement les théistes. Elle gêne tous ceux qui croient à des valeurs objectives, y compris les athées réalistes comme Wielenberg. Street en conclut que les valeurs dépendent de nos attitudes, pas qu'il n'y a plus de morale.
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Kant 1788 · attaque la prémisse 3Kant, qui a lui-même donné un argument moral pour Dieu, refuse que Dieu soit le fondement du devoir : l'obligation repose sur l'autonomie de la raison, c'est-à-dire sur la loi que la raison se donne à elle-même. Dieu n'est postulé que pour rendre possible le souverain bien, l'accord final de la vertu et du bonheur. Il y aurait donc un fondement du devoir sans Dieu, et P3 est fausse.
sans réponse
Kant, qui a lui-même donné un argument moral pour Dieu, refuse que Dieu soit le fondement du devoir : l'obligation repose sur l'autonomie de la raison, c'est-à-dire sur la loi que la raison se donne à elle-même. Dieu n'est postulé que pour rendre possible le souverain bien, l'accord final de la vertu et du bonheur. Il y aurait donc un fondement du devoir sans Dieu, et P3 est fausse.